"Quelquefois le génie est le mot d'un enfant"





En ce 31 janvier, tandis que son regard se portait sur le paysage au travers de la fenêtre du TGV Paris Narbonne, elle se disait que son corps ployait sous les ans comme les branches des arbres sous la neige Le soleil brillait sur ces rameaux immaculés. Elle clignait des yeux et se mit à la recherche de ses lunettes ombrées. Elle les retira vite car les cumulo-nimbus avaient pris possession des cieux clairs.
Dans la voiture, bondée, chacun déballait son sandwich et sa bouteille d’eau minérale faisant de petits bruits de papier froissé et de glous glous un peu énervants. Midi vingt, c’était l’heure où la faim commençait à tenailler ! Elle n’avait prévu que des mini- viennoiseries et cela lui suffisait bien.
Elle s’appliquait, mais le roulis du train l’empêchait d’écrire avec soin alors elle attendrait le prochain arrêt pour continuer son journal. Elle n’aimait guère voyager seule mais en première classe c’était agréable et le fait de bientôt être en présence de son fils, de sa belle-fille et de son petit-fils, était plus que motivant.
Un moment très oppressant : le passage des tunnels… Elle tentait de calmer les battements effrénés de son cœur… Depuis toujours claustrophobe, elle étouffait, tant dans le noir, que dans des endroits étroits et fermés. La petite lueur, indiquant la fin prochaine du tunnel, la fit revivre.
Le contrôleur : il arrivait toujours au mauvais moment, environ une heure trente après le départ, quand les plateaux étaient encombrés et que le sac se trouvait évidement… sous le plateau ! Il lui dit, avec un gentil sourire, de prendre son temps, et il commença à vérifier les billets des autres voyageurs avant de revenir vers elle. Attention aimable se dit-elle… C’était simplement… parce qu’il repartait en arrière après la vérification ! Pensait-elle l’avoir charmé ? Elle riait de sa bêtise…
Le ciel gris et nuageux jusqu’à Valence fit place à de grands espaces azurés et ensoleillés. Le temps était totalement différent. La neige avait disparue peu à peu et le paysage vert et doré était plus gai. Pas de vaches dans les pâturages mais de beaux chevaux. Elle admirait les clochers des églises et les petits manoirs isolés quand tout fût gâché par des murs anti-bruit en béton rougeâtre de très mauvais goût. Les zones industrielles détruisaient également la beauté de la nature. Il en faut… Mais c’est quand même dommage…
Elle avait encore le temps de lire un peu… La vie de « Isabella Allende »… mais le roulis monotone du train finit par l’assoupir. Une toux par ci par là, un portable qui sonnait malgré la demande de le mettre en vibreur, elle ouvrit les yeux sur de grands rectangles de couleur verte dégradée et … un hélicoptère au milieu des champs ! Pas le temps de se demander le pourquoi de sa présence, il avait déjà disparu derrière les collines.
« Narbonne un arrêt de trois minutes ! » Zut, elle pensait qu’il restait encore un arrêt avant le sien ! Vite elle enfila son manteau, dégagea ses bagages et enfin se retrouva sur le quai. ! Tant bien que mal elle tenta de faire rouler sa valise et porter son lourd sac quand : « Laisse maman… Je vais m’en occuper-… » Ouf, elle respirait plus lentement, son fils l’embrassait en souriant…
(Violette W-R récit retranscrit de son journal du 31 01 2008)
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