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CHAPITRE 49
 

Petit Voyage

 

          Tandis qu’ils empruntent la route 68 en direction de Vaparaiso au milieu des plantations et des forêts, Véronique admire le paysage. Ce pays est vraiment magnifique et Jaime en parle avec une telle ferveur qu’elle a l’impression d’y avoir toujours vécu.

          Les maisons nichées au cœur des multiples Cerros dont l’accès se fait par des rues tortueuses et des escaliers interminables, donnent une apparence originale à cette ville dont le port naturel se trouve à l’embouchure du Rio Maipo.

          Devant l’enjouement de Véronique Jaime décide de s’arrêter :

          - Viens nous allons marcher un peu….en voiture tu ne verras rien et puis tu n’as pas pris de petit déjeuner ce matin…. 

          Il lui prend la main, l’entraîne dans l’avenida Pedro Montt à côté de la place Victoria et ils entrent au Vitamin Service-Café.

          Devant un excellent café, des sandwichs et un très bon jus de fruit frais il lui parle de la ville, et de la maison où grandit Pinochet, juste face au café, à côté de la Cathédrale. Elle aime l’écouter, sa voix chaude la ravit. Il ne cesse de la fixer.

          - Pourquoi me regardes-tu ainsi ? 

          - Parce que je te trouve belle… 

          Et il lui prend les mains et les porte à ses lèvres. Une demi-heure plus tard ils sont à nouveau à bord de la voiture. Ils passent par Vina Del Mar, complètement opposée à Valparaiso d’un point de vue architectural. C’est une ville nouvelle, moderne, axée sur le tourisme.Une côte d’Azur à la chilienne avec ses plages de sable fin. Jaime s’arrête devant une boutique de souvenirs et lui demande d’attendre quelques instants. Elle comprend le pourquoi de cet arrêt lorsqu’il lui remet un joli paquet bleu enrubanné.

          - C’est juste une bricole, un petit souvenir de moi…. 

          En ouvrant le paquet,  prenant soin de ne pas abîmer l’emballage, elle découvre un joli bracelet de conception indienne. L’émotion lui fait monter les larmes aux yeux.

          - C’est très beau….Merci…j’aimerais que tu l’attaches à mon poignet.

          Aussitôt demandé, aussitôt fait. Leurs regards se croisent et leurs visages sont si proches que le baiser est inévitable. Aucun des deux n’avait envie de l’éviter d’ailleurs !

          Quatre heures plus tard ils arrivent à La Serena. Véronique est surprise d’y trouver autant d’églises. La plus remarquable abrite le Museo Colonial de Arte Religioso où sont exposées des œuvres célèbres des écoles de Cuzco, de Quito et d’autres. Mais ils ne peuvent s’arrêter car le temps passe vite et le père d’Andora habite en dehors de la Serena, à Vicuna.

          Ils eurent du mal à trouver la maison nichée dans une impasse. Ils frappent à une grande porte en bois sculptée et admirablement cirée.  Pourvu qu’Enriqueta ne se soit pas trompée dans l’adresse !           La demeure est splendide ! Une femme d’une quarantaine d’années leur ouvre la porte avec un charmant sourire, comme si elle les attendait.

          Jaime prend la parole en espagnol mais la femme répond en français :

          -  Monsieur Larrain je vous attendais…J’ai reçu un appel de votre sœur et de son association….je connais le but de votre visite….Je suis la nouvelle épouse de monsieur Garreton (père d’Andora). 

          Jaime et Véronique sont étonnée de cet appel de Monica ! Cela n’était pas prévu au programme ! Mais cela facilite l’entretien.

          - Vous a-t-elle parlé d’Andora ?  Demande Véronique.

          - Oui….Je savais que mon époux avait une fille dont la naissance avait provoqué le décès de sa première épouse mais il n’a jamais voulu en parler.J’ai insisté plusieurs fois puis j’ai abandonné. Depuis, un an est passé et je suis très heureuse de votre initiative. 

          - Avez-vous des enfants ? 

          - Non….mon mari n’a jamais voulu en avoir….Il a été traumatisé par les circonstances précédentes….avez-vous une photo de la petite fille ? 

          Véronique lui tend la photo que Monica lui a remise avant de partir.

          - Quelle adorable fillette ? Puis-je garder la photo ? 

          La porte s’ouvre et un homme très élégant s’approche d’eux avec un grand étonnement. Sa femme lui explique qui nous sommes et pourquoi et il se met dans une colère terrible.

          - De quel droit vous mêlez-vous de cette affaire ?  Et se tournant vers sa femme :

          - Est-ce toi qui les a trouvés  et toi qui leur a demandé de venir ? 

          Avant que Jaime puisse répliquer elle répond :

          - Oui c’est moi…Tu as une fille qui va aller dans un orphelinat alors que moi je désire très fort avoir un enfant, pourquoi rejettes tu une si adorable gamine ? 

          -  Cela ne te regarde pas et nous n’allons pas discuter devant des étrangers !

          Partez ! Sortez immédiatement de chez moi ! 

          Jaime fait signe à Véronique de prendre congé et plus bas  « Viens, n’aggravons pas la situation.

          Dehors Véronique explose !

          - Comment peut-il être aussi indifférent et aussi froid ? 

          - Calme-toi mon cœur, sa femme n’abandonnera pas, et lui crie surtout parce que la douleur a refait surface…aurais-tu déjà oublié les bases de ton métier ? 

          - C’est vrai tu as raison…il y a encore de l’espoir… 

          Au moment où ils montent dans la voiture, Madame Garreton les appelle :

          - Je vais tenter de persuader mon époux. Il n’est pas méchant mais la blessure n’est pas totalement refermée et je crois qu’Andora serait le meilleur remède….et surtout, j’aime déjà cette enfant….Pouvez-vous me laisser vos coordonnées ? Je vous promets d’appeler… 

          C’est le cœur plus léger que Véronique remonte dans la voiture. Jaime sourit :

          - Tu es de meilleure humeur je vois ! Nous n’allons pas reprendre la route, il est déjà dix huit heures alors profitons de cette soirée ensemble, le veux-tu ?       

           - Oui…je crois que oui….Cela implique que nous allons devoir trouver un hôtel….et une brosse à dent ! Finit-elle en riant.

          Ils retournent à La Serena et durant les cinquante kilomètres du trajet un silence lourd a surgi entre eux. Véronique ne plaisante plus, elle pense à la nuit à venir. Jaime la regarde et se demande quelle est la signification de son air grave. Il ne lui pose pas la question…il croit savoir….Elle est si forte et par moment si fragile…il ne doit pas la brusquer…il l’aime tellement !

          Bien qu’ils n’aiment pas les grands hôtels en béton ni l’un ni l’autre, ils n’eurent guère le choix. Le « Jardin del Mar » est le seul qui a encore des chambres de disponibles. Jaime a demandé deux chambres mais Véronique a dit :

          - Prenons une seule mais à deux lits…. 

          Le réceptionniste précise :

          - Il me reste une double chambre à deux grands lits mais dans un bungalow, cela vous convient-il ? 

          Véronique fait signe que oui.

          Lorsqu’ils arrivent devant la porte de la chambre Jaime lui prend la main elle lui dit :

          - Ne juge pas mal ma réaction.  Je ne voulais pas t’occasionner des frais supplémentaires en prenant une autre chambre… 

          - Chut…Ne dis plus rien….J’ai compris ta décision.

          Véronique tremble un peu, la situation est confuse et elle ne sait pas comment se comporter. Elle a envie qu’il la serre contre lui et en même temps elle craint ce qui peut arriver…

          Lorsque la porte se referme sur eux, elle ne voit plus rien d’autre que lui.

          Il la serre contre lui et l’embrasse passionnément. Elle répond avec ferveur à ce baiser. Plus de crainte, plus de question, plus de barrière, seulement eux, seuls, avec leurs corps qui s’embrasent. Lui voulait la ménager, ne pas la brusquer mais c’était sans compter avec la force de leur amour.

          Les vêtements s’envolent sans que ni l’un ni l’autre n’y prenne garde, leurs corps ont besoin d’être en contact. Leurs gestes sont frénétiques, les émotions sont intenses, les mots inexistants, juste des baisers, des caresses longtemps refoulées et  ils chavirent dans un monde rien qu’à eux.

          Le vertige subsiste après cette violente passion d’amour. Ils sont heureux. Véronique n’a jamais connu un tel bonheur, elle se sent bien, en parfaite harmonie avec cet homme qu’elle aime. Jaime lui non plus n’a jamais connu une telle sensation de bien-être. Cette femme l’a transporté vers un plaisir infini avec tellement d’amour qu’il en est encore surpris. Jamais une femme ne s’est donnée à lui avec une telle confiance et un tel abandon ! Le courant passe tellement bien entre eux !

          Jaime se soulève sur un coude et contemple le corps de celle qu’il adore et il sait que jamais il ne la laissera lui échapper. Il a besoin d’elle, de son rire, de son regard empli de désir, de son corps tressaillant de plaisir. Il a besoin de tout ce qui est elle et l’immense amour qu’elle lui donne et qu’il lui porte.

          Elle, a tout oublié, pourquoi elle est dans ce pays, comment elle y est arrivée, le moment où elle devra repartir, rien,  il ne subsiste rien d’autre que l’immense joie d’aimer et d’être aimée.

 

 

 

 

 

par marinachili publié dans : LES TROIS DAMES roman policier communauté : Ecrire
Samedi 26 janvier 2008

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