"Quelquefois le génie est le mot d'un enfant"





CHAPITRE 45
La Légua
Ils arrivent dans les poblaciones, quartiers pauvres de la Legua. Linda est très pâle et ses mains tremblent en nous indiquant le chemin vers l’habitation de ses parents. Elle voit son frère au loin et son père et ses mouvements deviennent convulsifs. Véronique demande à Jaime d’arrêter la voiture.
- Linda, calmez-vous, nous sommes là, personne ne vous fera de mal…Vous ne pouvez arriver dans un tel état, ce n’est pas bon pour votre santé.
- Vous ne connaissez pas la mentalité de mes parents, même si vous leur affirmez que je n’ai pas menti, ils m’en voudront d’avoir parlé.
- De toutes façons vous allez repartir avec nous si vous avez le moindre problème….ayez confiance en nous…
Jaime regarde Véronique et se dit qu’elle est touchante dans sa façon de vouloir rassurer Linda mais aussi qu’elle ignore tout des coutumes de ce pays. Elle réagit en bonne européenne dont la liberté n’a jamais été entravée. Il est beaucoup moins optimiste sur les conséquences de leur arrivée.
Véronique jette un œil autour d’elle et trouve l’endroit sinistre. Tout est gris, sombre malgré le soleil. Les maisons modestes en dur avoisinent les baraques en bois aux toits en tôle. Les rues sont insalubres et jonchées par endroits de poubelles renversées. Cela n’empêche pas aux habitants d’avoir la télévision par câble et des téléphones portables à la main ! Le progrès ne niche partout !
Jaime demande à Véronique de le laisser parler car son espagnol, même potable, risque quand même de faire des impairs dans des circonstances précises. Certaines expressions typiques lui sont étrangères et elle risque le quiproquo ou la seule erreur à ne pas faire !
A peine sortie du véhicule, Linda voit sa mère reculer dans le couloir de la maison et son frère crier qu’elle est une fille perdue et qu’elle n’a plus rien à faire chez eux ! Il s’approche dangereusement d’elle alors Véronique s’interpose. Le père plus calme, leur demande d’excuser son fils et les remercie d’avoir ramené sa fille et que maintenant c’est une histoire de famille et privée.
Linda serre convulsivement la main de Véronique comme pour la supplier de ne pas la quitter. Alors elle lui murmure Je ne pars pas sans vous…
Jaime demande au père l’autorisation de lui parler mais pas dans la rue, Il accepte et ils se retrouvent tous autour d’une table et dans un décor rudimentaire. Il explique alors toutes les circonstances de la mésaventure de Linda. La mère a les larmes aux yeux mais ne dit rien. Elle fixe sa fille avec un regard laissant apparaître toute son impuissance.
Véronique est choquée du manque de réaction de madame Pizzaro. Sa fille est traitée comme une moins que rien et elle laisse faire ! Le père parle de Yolanda Esteban en disant que cette femme ne méritait pas d’être trahie par sa fille alors Véronique répond avant Jaime…
- Je suis Madame Esteban et si je suis venue aujourd’hui c’est parce que je condamne l’attitude de mon mari et aussi parce que je veux aider votre fille, tant moralement que financièrement. C’est uniquement la faute de mon époux alors soyez indulgent avec Linda.
Jaime est abasourdi ! Il ne s’attendait pas à cela ! Décidément elle l’étonne de plus en plus ! Le père est décontenancé alors Véronique continue :
- Mon collègue et moi avons besoin d’une employée de bureau alors nous vous demandons l’autorisation d’embaucher votre fille et une association près du bureau peut l’héberger.
Cela semble convenir à la famille qui évite ainsi les commérages de quartier.
Jaime rit sous cape !
Mon cœur tu as pris cette décision impulsivement et spontanément comme tout ce que tu as fait depuis ton arrivée. Comment vas-tu convaincre Yolanda ?
Dans la voiture il lui pose la question et elle répond tout simplement et le plus naturellement possible :
- Catarina a embauché Chiloé, Yolanda embauchera Linda ! Et de plus cela mettra Lorena Esteban dans une colère noire et cela me plait !
Linda ne cesse de remercier la jeune femme mais s’inquiète de la réaction de Yolanda :
- Et si elle refuse ?
- Alors nous trouverons une autre solution n’est-ce pas Jaime ?
Il n’en revient pas ! Elle ne perd vraiment pas le nord ! Bien sûr
qu’il va l’aider à se sortir de son pétrin ! Comment ne pas l’aider alors qu’il est fou d’elle ! Le magnifique sourire de la jeune femme et celui de Linda le récompensent de tous les
tracas de cette aventure. Il a le cœur en fête.
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