







CHAPITRE 40
Romain Guillot
28 Novembre 2003
Le commissaire Marroco commence sérieusement à s’énerver, la version du détective a de grosses failles.
Comment Martine a-t-elle pu changer de vêtements et surtout porter la robe de Véronique ? Un vêtement de Yolanda serait plausible mais pas de Véronique !
Romain Guillot n’a pas changé une once de sa déclaration comme s’il récitait une histoire.
Il reçoit un appel de Wanclift et ensuite, avec un sourire ironique s’adresse à Guillot.
- Je vais te déférer chez le juge, nous avons de nouvelles preuves te concernant.
L’autre ne se démonte pas :
- Vous ne pouvez rien avoir contre moi, je n’ai rien fait…
Marroco sourit toujours :
- Bernardo Esteban tu connais ? Raul Riveros tu connais ? Et l’argent tu as eu de Carlo Riveros tu vas aussi le nier ?
- Je vous ai dit que j’avais reçu un virement….
- Oui un virement important que tu vas devoir justifier avec une facture ! L’argent en liquide que tu as mis sur ton compte épargne et qui correspond aux retraits de Bernardo Esteban tu vas aussi pouvoir les justifier ?
Guillot perd de son arrogance :
- Il m’a donné le solde pour mon travail…
- 30 000 dollars ! Et quinze jours après son retour au pays !
- Et comment as-tu connu cet homme alors que tu as toujours parlé de Riveros ?
- D’accord j’ai menti….C’est lui qui est venu me voir… Il voulait ramener sa belle-sœur à tout prix !
- Tu es mal…très mal…Bernardo Esteban est mort !
- Eh ! Vous n’allez pas me mettre ce meurtre aussi sur le dos !
- Meurtre ? Tu m’as l’air bien renseigné ! Tu peux appeler un avocat ou si tu n’en as pas tu en auras un d’office… Puis se tournant vers les policiers près de la porte :
- Remettez-le en cellule, je vais appeler le juge.
Guillot essaie de se débattre :
- Attendez ! Attendez ! Je n’ai tué personne !
- Que sais-tu exactement ? Parle !
Il s’affaisse sur la chaise et raconte.
Le matin où il a suivi Bernardo Esteban après lui avoir dit où trouver Yolanda, du moins Véronique, mais il ne le savais pas, il a vu Bernardo attendre derrière un poteau l’arrivée de la voiture de la jeune fille. Elle est entré dans le couloir puis est revenue sur ses pas alors il l’a assommée et mise dans une voiture de location. Seulement une autre fille arrivait et l’a vu. Elle s’est mise à crier mais Bernardo a démarré très vite. La fille courait vers la sortie en appelant au secours puis une voiture l’a renversée. Deux hommes sont sortis, ils ont regardé autour d’eux, je me suis cachée entre deux voitures. Ils parlaient espagnol ou italien, je n’en sais rien puis ils ont redémarré. La fille n’était plus là, ils l’avaient emmenée.
- Et pourquoi n’as-tu pas signalé cela tout de suite ?
- J’ai eu peur, cela ressemblait à un complot et je n’aime guère les gens latinos dans ce genre de problème, ils sont généralement dangereux.
- Quand as-tu commencé à faire du chantage à Bernardo Esteban ?
- Mais je n’ai pas fait de chantage !
- D’où te vient l’argent de ton compte épargne alors ?
- Dix jours plus tard, deux hommes se sont présentés à mon agence, ils m’ont donné cette somme d’argent en dollars en disant que je devais oublier toute ma filature et surtout le nom de Riveros.
- Et cela ne t’a pas étonné de recevoir une telle somme pour une simple filature ?
- Je n’ai pas voulu me poser de question…et ce fut pire après que j’aie lu dans le journal le récit de l’accident dans la Moselle !
- Pourquoi parler de meurtre alors pour Bernardo ?
- Comme les gars dans le parking ont tué la fille, j’ai pensé qu’ils avaient aussi réglé son compte à votre gars….
- Tu vas être accusé de complicité de meurtre….
- Mais je ne pouvais rien faire !
- Si, venir nous parler…. Comment expliques-tu les traces de sang dans ta voiture ? Ainsi que le cheveu de Martine Hoffmann ? C’est toi qui vas être accusé de meurtre car tu es notre seul suspect.
Romain Guillot hésite :
- Si ces hommes reviennent je ne donne pas cher de ma peau !
- Alors tu seras condamné pour eux !
- D’accord…je vous explique. Les deux hommes qui ont renversé la fille, je les ai retrouvés dans mon garage. Ils m’ont demandé de retourner chercher l’Austin et de la garer sur les bords de la Moselle à Saint Symphorien tandis qu’eux repartaient avec ma voiture. Je les ai attendu une demi-heure comme prévu, ils sont arrivés dans ma voiture. Ils avaient mis la fille dans le coffre. Ils ont dû prendre des fringues dans l’appartement de la fille car elle était habillée autrement. Par contre son visage était méconnaissable, c’était une horreur ! Ils l’ont installée au volant, mis le moteur de l’austin en route puis avec ma voiture ils l’ont poussée contre la rambarde de la rive jusqu’à ce qu’elle tombe dans le fleuve puis ils m’ont ramené jusque chez moi et ont repris leur véhicule en me faisant signe de me taire à jamais.
- Pourrais-tu les reconnaître ?
- Peut-être….
Marroco se tourne vers ses inspecteurs :
- Remettez-le en cellule, je demande son transfert pour complicité de meurtre….
Ensuite Marroco appelle Wanclift et lui fait le récit des derniers évènements.
- A toi de jouer maintenant, je crois que tu as à faire avec une sacrée organisation….
- Je m’y attendais un peu !
Oh oui qu’il s’y attendait ! Il a connu Paulo Riveros lors de son initiation à l’organisation d’extrême droite quand il a été promu Inspecteur principal. Il avait énormément d’ambition et il avait compris par quel chemin obtenir ce qu’il voulait. Ce groupe était moderne en tout sauf dans sa base dogmatiquement religieuse. Les débuts furent difficiles, il dut faire ses preuves mais il avait brillamment réussi. Le fait que Marocco ait entendu parler de Carlo n’arrange pas ses affaires. Il n’a pas encore tous les documents compromettants entre ses mains et cela risque d’être considéré comme une grave erreur. Diego Riveros ne lésine pas avec ce genre de contretemps. A Quatre vingts ans, il ne va pas tarder à passer le flambeau à Paulo et ce dernier est pire que son père !
Diego Riveros avait cinquante et un ans au moment du coup d’Etat de Pinochet. Lors de l’épuration des Forces Armées, il a été un des premiers à approuver le nouveau régime. Le système gouvernemental n’avait plus de demi-mesure, juste deux classes : les dirigeants et les opprimés. Diego était dans le groupe des dirigeants donc sa famille jouissait d’un statut privilégié ne la mêlant pas à la terreur physique, à condition bien entendu qu’elle respecte à la lettre les consignes imposées et Diego, le Patriarche, à présent surnommé « le Conquistador » y veillait.
Ils vivaient tous alors dans le Rio Alto, non loin de Providencia. Carlo avait failli à cette règle d’où son arrestation, mais la protection de son père lui a néanmoins évité le pire. Il a fallu pour cela qu’il accepte certaines conditions comme celle d’être à la disposition de l’organisation lorsqu’elle ferait appel à lui.
A la fin de la Présidence de Pinochet, les membres influents ont dû s’expatrier, certains ont été jugés en Argentine mais ensuite graciés. Les ramifications de l’organisation se trouvent dans presque tous les domaines, dans les professions libérales , le service médical, l’armée, les services juridiques gouvernementaux, la police, les services secret, etc….
L’inspecteur d’Interpol se dit qu’il est mal et qu’il faut trouver très vite une solution.
Qui a les documents ? Véronique ? Yolanda ? Combien y a-t-il de duplicata ? Ces deux femmes sont aussi teigne l’une que l’autre ! Quel idiot ce Guillot de s’être trompé de personne ! Ils en ont deux à surveiller à présent ! La mort de Bernardo risque de faire éclater la vérité alors qu’il avait si bien préparé son plan ! C’est vraiment très dangereux pour lui s’il rate sa mission !
Bon, première chose, je dois me servir de ce grand dadet de Weber ! Il est amoureux de cette Véronique, cela crève les yeux ! Ensuite je le presserai de rentrer en France mais avant il faut qu’il évite toute conversation entre Weber et Marroco sinon il va s’apercevoir de détails contradictoires et illogiques.
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