"Quelquefois le génie est le mot d'un enfant"





CHAPITRE 39
Confidences
Après les obsèques Raul a ramené Gladys chez elle. Elle tremblait tellement qu’il n’a pas eu le cœur de la laisser seule. Il a passé la nuit sur le canapé.
Il est en train de préparer le café quand la sonnerie de la porte d’entrée
résonne
Yolanda et Véronique se trouvent devant lui. En voyant leurs visages il comprend que le moment des explications est arrivé mais c’est trop tôt, beaucoup trop tôt alors :
- Gladys vient juste de se réveiller, prenez un café avec elle moi je dois m’absenter, je suis déjà en retard…
Yolanda rétorque aussitôt :
- Prendrais-tu la fuite ? Cela te ressemble bien ! Comment….
- Tu me poseras toutes les questions que tu voudras mais plus tard.
Il prend sa veste et part en claquant la porte.
Gladys ne comprend pas ce qui se passe mais les deux sœurs ne veulent pas l’ennuyer dans le moment pénible qu’elle traverse. Gladys a les yeux gonflés d’avoir certainement pleuré une bonne partie de la nuit. Yolanda propose :
- J’ai pensé que Véronique pourrait te tenir compagnie aujourd’hui et t’aider dans tes démarches administratives car tu ne dois pas avoir la tête à tout cela, moi je dois me rendre au cabinet dans une heure, la secrétaire a pris des rendez-vous.
- Merci…je veux bien…je suis complètement perdue…Bernardo s’occupait toujours de tout.
- Alors les filles je vous laisse ! Véronique je viendrai te rechercher ce soir.
La tristesse de Véronique n’a pas échappé à Gladys :
- Tu as l’air d’être ailleurs….Penses-tu à tes amis et à ton pays ?
- En quelque sorte oui…il va bien falloir que je reparte…
- Cela a l’air de complètement te démoraliser.
- Il m’est arrivé quelque chose à laquelle je ne m’attendais pas.
- Tu n’es quand même pas tombé amoureuse du mari de Yolanda pendant que tu étais chez lui !
- Oh non ! Rassure-toi ! Eduardo et sa mère je les déteste prodigieusement ! Il ne s’agit pas de lui
Gladys s’assoit face à sa belle-sœur, très intéressée
- De qui alors ? Pas de Raul c’est ton frère…il ne reste plus que Jaime Larrain…
Véronique est bloquée, aucun son ne sort de sa gorge, la tension des derniers jours n’a fait qu’augmenter et tout son corps se crispe.
- Oh je crois que je suis tombée pile ! Es-t-il marié pour que tu te mettes dans un tel état ? Ou alors ne sait-il pas que tu l’aimes ?
Gladys monologue un bon moment avant que Véronique parvienne à dire quelques mots :
- Je crois qu’il en aime une autre…. Dont je ne suis que le reflet…il s’est laissé abuser par la ressemblance.
Les derniers mots ont été à peine murmurés mais Gladys les a entendus.
- Le crois-tu amoureux de Yolanda ?
- Changeons de sujet si tu veux bien, parles-moi plutôt de toi.
Gladys ne sait pas vraiment par où commencer :
- Ma vie ressemble à beaucoup d’autres cependant le passé…… Ses yeux se mouillent et son regard s’éloigne du présent.
Née en 1968, elle a passé son enfance dans les ruelles tortueuses et dans les escaliers descendant en pente raide de la demeure coloniale familiale datant de l’époque où Londres gérait presque toute la ville de Valparaiso. Elle voyait rarement son père toujours occupé par ses affaires.
Elle ne se souvient pas vraiment du coup d’état du 11 septembre 1973, elle n’avait que cinq ans mais ce dont elle se souvient par contre c’est du jour anniversaire de ses 22 ans !
Le nouveau gouvernement de Patricio Aylwin, démocrate chrétien, suscita de grands et vifs espoirs mais cette démocratie était très limitée dans ses actions en raison du régime antérieur. Pinochet tirait toujours les ficelles du pouvoir tout en n’étant plus président.
Le 15 décembre 1990, des carabiniers ont fait irruption au milieu de la fête anniversaire et ont arrêté ses parents comme s’ils étaient des criminels. Un des carabiniers la fixait et soudain a dit à ses collègues :
- Emmenez aussi celle-la !
Elle se souvient que la plupart des carabiniers étaient aussi jeunes qu’elle mais celui qui l’a fait arrêter était plus vieux et elle ne l’oubliera jamais. Son regard la glaçait jusqu’aux os. Il la fixait et c’était comme s’il entrait dans tout son corps et violait son cerveau et son intimité. Il lui posa plusieurs questions sur son appartenance à un parti mais elle ne faisait partie de rien alors elle ne pouvait répondre que par la négative.
Le chef des carabineros la fit venir plusieurs fois sans que jamais elle ne fut brutalisée et lui posait toujours la même question. Et inlassablement Gladys disait non.
Certaines autres femmes n’avaient pas ce traitement de faveur. Quand elles criaient qu’elles étaient innocentes des faits qui leur étaient reprochés, les carabiniers les frappaient à coup de barre de fer entourée d’une couche de caoutchouc pour ne pas laisser de trace. D’autres étaient tirées par les cheveux quand elles tentaient une émeute dans la cour.
Gladys comprit très vite que crier son innocence ne servait à rien mais que s’accuser était pire. Elle sentait qu’elle plaisait à cet homme que tous nommaient Paulo et c’était peut-être une chance pour elle. Du moins le croyait-elle. Elle fut convoquée un jour dans la salle des interrogatoires et le fameux Paulo n’était pas seul. Un des hommes présent avait l’allure d’un bandit de grand chemin avec sa barbe noire et ses épais sourcils. Il prit le premier la parole :
- Ton père et ta mère ont avoué avoir hébergé des révolutionnaires…. Que sais-tu à ce sujet ?
Gladys tremblait de tous ses membres. Jamais ses parents n’avaient hébergé qui que ce soit. Et elle le dit tout en affirmant que ce n’était qu’une machination.
A peine avait-elle prononcé ce mot que le deuxième homme en retrait lui assenait une magistrale claque dans le visage. Sa lèvre s’est mise à saigner. L’autre lui reposa la question mais elle ne pouvait que répondre la vérité et elle reçu une seconde gifle. Elle avait le visage en feu et Paulo restait impassible. Au troisième coup il leva le bras et les deux hommes sortirent de la pièce. Il s’avança vers elle :
- Comprends que tu seras tranquille dès que tu nous auras tout dit…tu vis avec tes parents donc tu as forcément vu des personnes chez eux
- Je vous jure que non….
Gladys s’arrête un moment de parler et Véronique voit les larmes sur ses joues.
-Si cela te fait trop mal tu peux arrêter ton récit.
- Non, je veux que tu saches la suite…
Le lendemain, ou plus tard, elle ne sait plus, elle fut ramenée dans cette pièce mais cette fois seul le barbu et l’autre homme était présent. Ils l’attachèrent les mains en l’air à une espèce de treuil au milieu de la pièce. Ils la dénudèrent en prenant soin de frôler ses seins. Ils riaient et décidèrent en jouant à pile ou face qui allait la violer le premier. Ils n’eurent pas le temps d’en profiter, Paulo l’officier fit entendre sa voix du fond de la pièce. Gladys ne l’avait pas aperçu dans l’ombre.
- Allez-vous en ! Je m’en occupe personnellement….
Gladys était rouge de honte ainsi exposée devant cet homme. Elle espèrait qu’il allait la détacher et la couvrir.
Quand elle sentit les mains de cet homme passer sur son corps, elle eut un hoquet de dégoût. Cela ne le gênait pas, il continuait en s’insinuant dans les parties intimes de son anatomie.
- Ce serait plus simple si tu parlais…je n’ai pas vraiment envie de te faire du
mal, tu es belle, et il tenta de l’embrasser. Elle tourna violemment la tête.
- Vous pouvez faire tout ce que vous voulez de moi, je ne peux rien vous dire car il n’y a rien à dire !
- Et elle lui cracha au visage.
Il eut un rictus et son regard s’enflamma
- Alors tant pis pour toi !
En colère il appela les hommes dans le couloir :
- Soulevez-la et tenez lui les jambes !
Il la viola de toutes les façons possibles et il la livra ensuite aux deux autres.
Elle se retrouva pantelante de honte et de douleur couchée sur le sol d’une cellule. Elle voulait mourir. Les jours suivants elle refusa de s’alimenter jusqu’à en devenir très faible. Un médecin se présenta pour l’aider : Bernardo. Il revint souvent et réussit à la faire transporter dans l’hôpital où il officiait.
Quelques semaines plus tard elle put retourner chez elle car sa mère avait été également libérée. Seul son père restait prisonnier à la « Carcel Publica. Elle ne le revit jamais.
Gladys s’arrête une nouvelle fois de parler, l’évocation du passé provoque comme une grosse boule dans sa gorge. C’est la première fois qu’elle parle de ce triste épisode. Elle avale quelques gorgées d’eau puis continue.
Tous les biens de la famille avaient été confisqués, volés. Elle s’est inscrite dans une association d’aide aux prisonniers et aux familles des prisonniers politiques en relation avec une association française de Bordeaux. Elle eut souvent l’occasion de revoir Bernardo qui quelques années plus tard, devenu directeur de la Clinique de Santiago l’épousa en secret.
Quand un jour Lorena Esteban apprit ce mariage elle se présenta chez Gladys en la traitant de prostituée qui avait profité de la faiblesse de son fils. Elle n’a jamais su comment Lorena avait appris l’épisode de Paulo mais elle le lui jeta à la figure en disant qu’elle n’était pas digne de porter le nom des Esteban. Gladys ne vint donc jamais aux fêtes de famille et c’est pourquoi elle n’avait pas eu l’occasion de voir Yolanda.
Véronique est bouleversé par le récit et aussi par ce qu’elle sait de Bernardo. Comment Gladys va-t-elle réagir quand elle connaîtra toute la vérité ?
- Véronique il faut encore que je te parle de quelque chose…
- Sur le passé ?
- Passé …oui mais plus récent… et elle lui raconte la suite.
Bernardo était de plus en plus nerveux depuis des mois, il faisait des cauchemars, recevait sans arrêt des appels, même au milieu de la nuit. Il a avoué un soir qu’il se passait des choses anormales à la mission de Paine. Véronique retient son souffle. Gladys continue :
Il se rendait tous les mois à Paine pour des visites de routine et il s’apercevait que certains enfants étaient très pâles. Il avait remarqué des traces de piqûres entre les doigts de pieds parce que les enfants se plaignaient d’avoir mal en marchant. Alors il en a emmené quelques uns dans sa clinique. C’était il y a plus de deux ans. Il n’a plus jamais reparlé de cela et quand Gladys lui posait des questions il répondait que tout était normal à présent.
Elle l’a crû jusqu’à ce que les appels recommencent et qu’il s’absente une quinzaine de jours en Argentine. Soit disant pour un symposium de médecins mais elle avait essayé de le joindre à l’hôtel et seul Ricardo lui répondait. Bernardo la rappelait ensuite de son mobile.
Et pour finir, la soirée tragique. Véronique la prit dans ses bras et peu à peu elle se calma.
Etrange attitude de Bernardo ! Ce n’est pas le moment de parler ! Gladys est trop bouleversée.
Après avoir rempli les papiers administratifs, Véronique s’aperçoit que la journée est presque finie et qu’elle n’a pas vu le temps passer. Le récit de Gladys l’avait totalement absorbée.
Yolanda est arrivée vers 20 heures. Elles ont soupé toutes les trois ensembles puis les jumelles ont pris la route. Le trajet ne fut pas très long car Gladys logeait dans une maison à Vitacura non loin de Providencia.
Quand elles franchissent la porte de l’appartement elles ont la surprise de voir Yves assis dans le salon. Il explique qu’il est arrivé au moment où Eduardo emmenait sa mère chez Isabella Riveros. Cette dernière l’avait invitée à séjourner chez elle jusqu’à ce que Lorena trouve un appartement. Eduardo a dit à Yves de les attendre.
Véronique est la première à parler
- J’allais t’appeler pour savoir quand tu repartais.
- Dois-je prendre deux billets d’avion ?
- Non, pas encore….j’ai encore des affaires à régler ici….
- Je vois….tu n’abandonnes pas facilement…je viendrai te dire au revoir demain….je pense partir dans la soirée….. Dit-il, tristement.
Avant de la quitter pour son hôtel, il la serre très fort contre lui.
- Fais très attention à toi ma douce….bonne nuit.
depuis 09 03 2007
Mes livres
"C comme quoi ?" -
"La tatouée de l'ile d'émeraude"
"Le libre arbitre
d'Alice"
disponibles sur les sites :
en tapant la référence : Violette W-Ruer
La chandelle de l'Espoir
Prenez le relais pour la recherche sur la Mucoviscidose
Laissez-le continuer sa marche sur votre blog en l'y installant.
Celui-ci vient de chez DELPHINE
Beau terrain en pente à vendre à Treilles
- Entre Narbonne et Perpignan à 35 km de part et d'autre.
- Superficie : 2166 m2 - COS 580 m2
- Vue sur la mer à 4 km à vol d'oiseau
- Plein sud entre mer et montagne
- Tout à l'égout
- Electricité
- Ligne téléphonique
- Possibilité géothermie
- Autoroute à 5 km
- Sation de ski dans les Pyrénées Orientales à 120 km
- Pas de frais d'agence, s'adresser aux propriétaires :
Brigitte et Daniel MOURRUT
Téléphone le soir : 04 68 45 74 65
Voir également l'article "Terrain à vendre à Treilles"



Commentaires