







CHAPITRE 36
Rencontre inattendue
Ricardo a appelé plusieurs fois son frère mais il n’arrive pas à le joindre. Où peut-il bien être ? Depuis le décès de Bernardo il a littéralement disparu ! Il s’adresse à son fils :
- As-tu vu Carlo depuis hier ?
- Pourquoi l’aurais-je vu hier ou aujourd’hui ?
- Ne sois pas si stressé, il m’a dit en sortant du bureau hier soir qu’il allait te parler….
- Non, je ne l’ai pas vu….
- N’étais-tu pas avec lui au moment où tu as appris le décès de Bernardo ?
- Pourquoi une telle question ?
- Qui t’a prévenu du décès de Bernardo ?
- ..Euh…Carlo m’a téléphoné à la clinique…. Il a été averti par téléphone.
- Sais-tu qui était au bout du fil ?
- Certainement les carabiniers…je ne sais pas….
Ricardo regarde sévèrement son fils :
- J’ai la pénible sensation que tu es en train de mentir…Nous aurons une sérieuse conversation plus tard……
- D’accord mais pour l’instant il y a plus urgent…
Gladys est effondrée devant le corps de son mari, Yolanda et Jaime la soutiennent. Eduardo gémit dans son coin :
Bernardo pourquoi m’as-tu abandonné ? Que vais-je devenir à présent ?
Puis il regarde sa femme et une colère sourde l’envahit. En la voyant si proche de ce Larrain il éprouve une forte jalousie. Il va écouter les conseils de son frère ! Il va récupérer sa femme ! A 43 ans il ne va pas se laisser manœuvrer par Yolanda, cela n’a que trop duré ! Après les obsèques il fera valoir ses droits de mari comme le lui a si bien suggéré Bernardo. Fini les compromis !
Elle ne sait rien sinon elle lui aurait déjà jeté tous les reproches à la figure ! Elle a parlé d’aventures, il va pouvoir gérer cela, pour le reste, personne ne savait en dehors de Bernardo et ce n’est sûrement pas la personne concernée qui va parler ! Il va sérieusement s’en occuper !
Tandis que Yolanda donne le bras à Gladys pour sortir de la morgue, elle se trouve nez à nez avec Véronique, Yves et Wanclift qui eux venaient d’une autre aile des sous-sols. C’est la stupeur générale !
La première à réagir est Yolanda. Elle embrasse sa sœur et tend la main aux deux hommes puis se tourne vers la famille.
- Inutile de tomber en syncope, pour ceux qui l’ignorent, je vous présente ma sœur jumelle Véronique et deux amis. Nous allons rentrer chez moi et ainsi nous pourrons en parler.
Lorena Esteban est au bord de la crise cardiaque, tout comme Isabella Riveros ! Yolanda les fixe en les bravant :
- Vous aurez tout le loisir de vous effondrer sur les canapés du salon !
Véronique est contrariée de cette rencontre, certains vont se demander ce qu’elle faisait à la clinique.
- Yolanda, crois-tu vraiment que cela soit le moment ? Tous sont choqués par le décès de Bernardo.
- Un choc de plus ne va pas les faire mourir et tu sais ce que je pensais de mon beau-frère ! Je suis simplement triste pour Gladys, allons-y, ne t’en fais pas….jusqu’à présent tu as bravé toute la famille en mon nom alors soyons deux maintenant !
Wanclift insiste pour se retirer n’étant pas de la famille. Les filles sont d’accord, personne ne doit savoir qu’il est d’Interpol. Yves veut en faire autant mais Véronique le retient :
- Non pas toi…tu restes avec moi…. Jaime est là alors tu peux rester aussi.
Jaime a suivi la scène sans dire un mot. Il fixe la jeune fille qui n’a pas un regard pour lui. Que s’est-il passé avec cet Yves pour qu’elle soit aussi indifférente ? Il a oublié son attitude au téléphone.
Comme Véronique et Yves n’ont pas de voiture Wanclift étant reparti, ils montent dans celle de Jaime avec Yolanda tandis que Gladys va avec Eduardo et sa mère.
Yolanda impatiente pose des questions à sa sœur :
- Que faisais-tu avec ton ami et l’agent d’Interpol à la clinique ce matin ?
- Jaime a dû te parler de Joselito….
- Oui, je l’avais tiré des griffes de Bernardo mais il a réussi à le reprendre, apparemment il a réussi son forfait !
- Et bien il a disparu ! Une infirmière m’a dit qu’il avait été déclaré
décédé suite à une péritonite aigue il y a cinq mois ! Et Jaime et moi l’avons vu il y a quelques jours et bien vivant !
Elle a insisté sur le « Jaime et moi » et Yolanda a senti l’accentuation.
- Mais comment les décédés peuvent-ils disparaître ainsi ?
- Facile à deviner ! Mais c’est Wanclift qui a trouvé le moyen certainement utilisé :
Yves continue le récit car Véronique a du mal à en parler, elle pense soudain à ce qui se serait passé si elle n’avait pas sauvé Andora. Elle va d’ailleurs aller voir Monica pour savoir comment va la petite.
- Wanclift pense que les parents des enfants dont on greffe les organes d’un autre pour les sauver sont de conivence aussi pour le reste des évènements. Comme ils viennent généralement de pays étrangers, ils déclarent leur enfant décédé avec de faux papiers. Les enfants de la mission sont mis à la place dans les cercueils et après la crémation il n’y a plus de trace.
Yolanda soupçonnait des affaires louches de trafic d’organes mais une telle horreur lui donne la nausée surtout en pensant à sa famille complice de tout cela.
Comment Raul peut-il être aussi monstrueux ? Quel est le rôle de Ricardo dans tout cela ? Qui encore est impliqué dans cette abominable affaire ? Je ne peux plus me taire Wanclift doit connaître l’implication de Raul !
- Mais si Joselito était encore là c’est qu’il est peut-être encore vivant ! »
Véronique est septique :
- Il n’y a plus rien dans les sous-sols, plus la moindre trace, les tableaux ont disparus des murs, dans les chambres, à la place des lits se trouvent des étagères avec les archives de l’hôpital. Ils ont dû tout transporter dans certaines ambulances qui ont quitté la clinique cette nuit.
Yolanda est certaine que c’est lié à sa fuite de la mission :
- Ils ont dû avoir peur après ma fuite de Paine ! Raul, même avec Francesca, n’a pas pu faire ce déménagement seul et Bernardo n’a pas eu le temps d’arriver ! Ricardo était à la maison, maman vient de me le dire. Une seule personne était absente, Carlo, je sais que Ricardo essayait de joindre son frère tout à l’heure….
Véronique se souvient de Carlo dans l’ascenseur. Yolanda lui explique qu’il existe un autre frère encore, Paulo, dont personne ne parle.
Ils s’engagent dans l’avenue de Providencia et s’arrêtent devant l’immeuble.
Toute la famille, déjà arrivée gesticule, surtout Lorena et Eduardo.
Lorsque tous sont assis et qu’enfin le silence règne, Yolanda raconte qu’elle a
trouvé Véronique en France en cherchant son père et qu’elle lui a demandé de venir au Chili pour voir enfin sa mère. Elle tait toutes les circonstances liées à l’histoire. Ricardo se demande ce
qui se passe parce qu’il sait bien que Véronique avait pris sa place.
Quand Yolanda est-elle revenue ? Pourquoi Raul n’a-t-il rien dit alors qu’il a toujours été proche de sa sœur et de sa mère ?
Eduardo est stupéfait, Véronique porte l’ensemble qu’il a acheté à sa femme quelques temps avant son départ pour Paris. De plus Yolanda a parlé en espagnol et ensuite en français et elle a retrouvé un peu de son accent.
Lorena soupçonne une supercherie.
Voilà pourquoi ma belle-fille avait tant changée et était plus véhémente ! Ces deux filles se sont moquées de moi et de mon fils. Pauvre Bernardo qui lui aussi a été confronté à cette traîtrise ! Il est mort à cause de ces deux femmes. Je vais vous faire payer çà mes jolies !
Sentant le regard haineux et incisif de sa belle-mère, Yolanda lui demande à brûle pourpoint :
- Avez-vous trouvé un appartement ? N’oubliez surtout pas de partir à la fin du mois comme prévu ! En attendant Véronique va dormir avec moi dans ma chambre.
Eduardo fixe les deux femmes et se dit que vraiment il ne sait plus laquelle des deux est sa femme mais si elles ont joué le rôle chacune à leur tour, il comprend la pudeur de l’une des deux, certainement Véronique qui a été très rouge quand elle s’est retrouvée nue devant lui et il sourit. Ce qui met Lorena en rage !
- Au lieu de sourire béatement, dis quelque chose !
- Ce n’est pas le moment Maman, nous en reparlerons après les obsèques.
Ricardo prend Catarina par le bras :
- Viens, allons préparer la cérémonie, Eduardo est trop perturbé pour le faire et Lorena bien trop en colère pour réfléchir.
Isabella Riveros a su tout de suite qu’une belle-fille étrangère aux coutumes du pays allait les contrarier mais elle ne s’attendait pas à ce qui lui tombe sur le dos aujourd’hui ! Si seulement Diego avait pu rester près d’elle ! Il l’a quitté pour ne pas être jugé après la destitution de Pinochet et il n’avait jamais voulu qu’elle le suive pour préserver ses enfants. Hélas Paulo l’a rejoint ! Heureusement, elle a des nouvelles par personnes interposées et aussi par Carlo.
Carlo se présente à la porte juste après l’explication. Il sent l’atmosphère lourde qui n’a pas lieu d’être en de telles circonstances, tout le monde devrait être effondré mais il ne lit que la stupeur sur les visages.
Il comprend en voyant Yolanda et Véronique côte à côte. Ricardo lui explique ce qu’il savait déjà mais feint la surprise.
Ainsi toute la famille est à présent au courant ! Avec deux adversaires aussi têtues j’ai bien fait de tout déménager dans la nuit !
Ricardo le prend en aparté :
- Qui t’a prévenu de l’accident ?
- Pourquoi une telle question ? C’est Raul évidemment !
- Alors il faut m’expliquer cela….Raul l’a appris par toi qui l’a appris par téléphone de Raul !!!!!! Bizarre votre communication tu ne crois pas ? Tu es toujours en relation avec Paulo et notre père n’est-ce pas ?
- Qu’est-ce que cela peut bien te faire ?
- Je connais les activités de notre frère…..je connais l’influence de notre père dans les milieux politiques et autres…..Tu en as d’ailleurs bénéficié à une époque….
- Ne me rappelle pas cela !
Il se met à trembler, à se tenir la tête et à vaciller.
- As-tu toujours ces terribles migraines ? Les médicaments ne te font-ils plus d’effet ?
- Il me faut quelque chose de plus fort ! Et il se dirige vers la salle de bains. Il cherche fébrilement dans la poche intérieure de son veston, en retire un comprimé à base de morphine et l’avale avec l’eau du robinet.
De la porte Ricardo voit la scène. Il n’a pas besoin d’explication, son frère se drogue pour faire fuir la douleur et les souvenirs. Et c’est l’organisation de son père et Paulo qui doit le fournir ! Que fait-il d’autre avec lui ? Les autorités ont vaguement parlé à Ricardo de médicaments en grande quantité trouvés dans la voiture de Bernardo, les médicaments portent un tout autre nom à son avis ! Sinon pourquoi Paulo aurait-il su avant eux le décès de Bernardo ? Et Raul ? Fait-il partie intégrante à cela ? Il doit faire une enquête prudente….
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