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CHAPITRE 25
Ruse
25 novembre 2003
Yolanda se réveille peu à peu. Les douleurs des membres reviennent mais avec moins de force. C’est supportable. Il faut qu’elle réussisse à supporter la douleur, elle ne veut plus recevoir d’injection. Elle regarde autour d’elle. Les persiennes sont à demi fermées et le jour éclaire la chambre. Elle est moins lugubre qu’elle ne le pensait. Il y a même comme une certaine connaissance des lieux à son esprit. Mais oui ! Ce grand tableau fabriqué par des enfants elle le connaît ! Elle est dans l’atelier de la mission de Paine ! Des bruits de pas dans le couloir ! Elle s’allonge à nouveau et ferme les yeux. Les clés tournent dans la serrure et la porte s’ouvre.
- Elle est toujours endormie, tout va bien.
- Pourquoi ma mère m’a-t-elle dit que Yolanda l’avait appelée ?
Yolanda sent son cœur battre au point qu’il pourrait exploser :
- Raul ! C’est Raul qui me retient prisonnière ! Pourquoi mon frère fait-il cela ? Je ne dois pas bouger, faire semblant de dormir. Francesca ! L’infirmière de Bernardo, c’est elle la taupe de la mission ! Je dois rester calme, contrôler les battements de mon cœur et laisser apparaître une respiration lente et paisible, je dois y arriver !
L’infirmière s’approche :
- Regarde elle respire paisiblement, elle ne peut pas avoir téléphoné, de plus la porte est toujours fermée à clé.
- Alors je ne comprend pas…personne ne peut savoir quel est mon rôle dans cette mise à l’écart.
- Pourquoi fais-tu cela à ta sœur ?
- Ce n’est que ma demi-sœur, Je l’ai appris récemment. Elle en sait trop sur nos affaires et j’agis selon les ordres de qui tu sais.
- Comment allez-vous réussir à la faire taire ? Dès qu’elle sera à nouveau en état de parler elle vous dénoncera.
- Pas moi, elle me croit son allié.
- Comment avez-vous réussi à l’intercepter ?
- Nous avons eu un coup de chance inouï ! Nous allions chercher une livraison à l’aéroport quand nous l’avons vu débarquer. Ce fut d’abord la panique surtout depuis que Véronique la remplace, alors dès qu’elle est arrivée derrière le poteau je l’ai endormie un peu brutalement ! Personne ne m’a vu alors j’ai crié ensuite en disant que ma femme s’était fait agresser. Pendant que le service de sécurité courait vers l’endroit que j’ai indiqué, nous l’avons mise dans la voiture et transportée ici.
- C’est la même histoire que vous avez racontée à Eduardo pour l’arrivée de Véronique.
- Oui, à peu près.
- La ressemblance entre les deux femmes est inouïe !
Yolanda a du mal à se contenir
- Une femme qui me ressemble et qui s’appelle Véronique ! La seule Véronique dont j’ai entendu parler dernièrement est ma sœur jumelle et elle est morte. Comment serait-elle au Chili ? ....Non…c’est invraisemblable !
- Mon chéri toute cette histoire ne me plait pas….J’ai peur pour toi….
- Fais ce qu’on te dit et tout ira bien.
Compte dessus mon cher frère !
Eduardo s’approche du lit :
- Francesca es-tu sûre qu’elle dort ?
- Avec ce que je lui ai injecté tout à l’heure je t’assure que oui !
- Surveilles-la bien je ne veux pas avoir de surprise.
Raul la prend dans ses bras et l’embrasse sur les lèvres avant de fermer la porte à clé.
Yolanda respire profondément, elle a cru que jamais elle ne pourrait continuer à rester immobile ! Depuis combien de temps est-elle droguée ? Vu la douleur de son estomac, trop longtemps ! Elle tente de se lever mais elle se sent vraiment très faible. Elle se tient le long du mur et va jusqu’à la fenêtre. Il n’y a personne à l’extérieur. D’habitude les enfants joue dans la cour devant l’atelier. Elle les entend mais ils sont de l’autre côté du bâtiment. Raul et Francesca doivent veiller à ce qu’ils ne s’aventurent pas près de la fenêtre.
Elle avait confiance en son frère et elle est vraiment triste d’avoir découvert sa duplicité et surtout sa participation aux horreurs de la clinique. Elle racontait tout à Raul, lui confiait ses misères, ses problèmes. Un énorme poids sur la poitrine lui fait monter les larmes aux yeux.A qui se fier à présent ? Eduardo ? Inutile de penser à lui, il a bien trop à faire avec toutes ses aventures ! Il ne lui reste plus que Jaime comme allié et il doit s’inquiéter de ne plus recevoir de ses nouvelles. Elle doit parvenir à le joindre ! C’est son seul espoir !
Comme tu me manques Jaime ! Je devais t’appeler, comme tu dois être inquiet !
De grosses larmes perlent à ses yeux, la pensée de Jaime cependant lui donne du courage. Elle veut le revoir, le retrouver et même s’il ne lui a jamais fait de déclaration, elle sait qu’il tient à elle. Elle met les coussins sous les draps, comme si elle était dans le lit, prend une grosse boite de peinture sur l’une des tables et se poste derrière la porte. Elle s’assoit et attend. Quelqu’un va certainement venir la surveiller, pourvu que la personne soit seule !
Le temps passe sans que Yolanda puisse le mesurer, quand elle entend des pas se rapprocher. La clé tourne, la porte s’ouvre et elle frappe de toutes ses pauvres forces la boite sur la tête de l’arrivante !
C’est Francesca ! Elle n’attend pas de savoir si elle est morte ou vive, elle quitte l’atelier en direction du dortoir et frappe épuisée à la porte d’Enriqueta.
- Madame Véronique que vous arrive-t-il ?
- Je..ne..suis pas Véronique, je suis Yolanda et elle s’écroule.
Enriqueta la tire jusque dans la penderie car elle vient d’entendre des bruits de pas à l’autre bout du dortoir.
- Chut ! Ne bougez pas….
Elle vient à peine de se recoucher que Francesca frappe à sa porte et entre immédiatement.
- Enriqueta ! Personne n’est venu te voir ?
- Qui pourrait venir me rendre visite à cette heure tardive ?
- N’as-tu rien entendu ?
- Non, je dormais…que t’arrive-t-il ?
- ….rien…J’ai cru entendre du bruit…peut-être un rôdeur…
- Dans un endroit aussi isolé ! Je ne crois pas, et il n’y a rien à voler ici !
Francesca regarde Enriqueta se frotter les yeux et bailler.
- Excuses-moi de t’avoir réveillée.
- Pas grave, je vais quand même fermer la porte à clé, on ne sait jamais…
- Oui tu as raison…Bonne nuit
Dès qu’elle est partie, Enriqueta va vers Yolanda.
- Venez, vous allez vous allonger sur mon lit, il est assez grand pour deux….
Yolanda parle de ce qu’elle a entendu, de tout ce qu’elle a appris en France. Enriqueta l’écoute religieusement puis lui dit également ce qu’elle sait.
- Madame Yolanda il faudrait essayer de joindre Monsieur Larrain, lui seul peut vous aider.
- Comment faire ? Si j’appelle du téléphone de votre chambre, Francesca risque d’apercevoir le voyant dans la salle principale !
- Madame Véronique m’a laissé un mobile en cas d’urgence mais je l’ai caché dans le réfectoire. Je ne pourrai y aller que demain matin.
- Je vais me reposer un peu pour avoir les idées plus claires et j’appellerai Jaime demain matin au bureau.
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