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CHAPITRE 21

Le père biologique

23 Novembre 2003

          Yolanda est très faible. Son visage est vide de toute expression. Par moment son corps est secoué par des soubresauts incontrôlables. La douleur des bras et des jambes l’a fait hurler et aussitôt une femme lui fait une piqûre et tout s’arrête. Où est-elle ? Que fait-elle enfermée dans cette chambre lugubre ?

          Derrière le rideau de ses paupières toujours très lourdes son cerveau continue à travailler. Elle ne cesse de se répéter qu’elle va s’en sortir, que personne ne prendra possession de son esprit au point de lui faire oublier ce qu’elle a vécu. Elle se souvient parfaitement de tous les évènements, elle se bat pour rester elle-même. L’autosuggestion est sa seule arme pour ne pas sombrer.

          Elle se revoit dans le bureau de son père quand elle lui a craché tout son mépris à la figure. Puisqu’elle n’est pas sa fille et que sa mère le lui a confirmé elle va aller en France chercher ce père qu’elle n’a jamais connu. Son billet d’avion en poche elle s’apprête à quitter le domicile quand le téléphone sonne.

          Enriqueta affolée lui annonce que Joselito est la prochaine victime. Le décollage est prévu pour dans cinq heures alors, n’écoutant que son cœur, elle se précipite à la mission. Elle embarque l’enfant de six ans dans la voiture quand arrivent deux hommes. Elle démarre en trombe mais elle est rattrapée par le gros Nissan et se retrouve dans le fossé. Avant qu’elle ne reprenne ses esprits, l’autre voiture a disparue avec l’enfant. Nerveusement elle cherche son mobile et appelle son frère. Une forte douleur au bras droit la fait grimacer.

          - Raul viens me chercher je suis sur la route du dispensaire, ma voiture est endommagée et je ne peux plus redémarrer ! 

          Une heure plus tard elle lui explique ce qui s’est passé. Elle fait promettre à son frère de surveiller Bernardo ; Elle ne se calme que lorsqu’elle est dans l’avion.

          Arrivée à Paris elle appelle sa mère et lui dit qu’elle prend le train pour la Lorraine où l’attend son amie Martine. Son amie vit avec un jeune labrador comme seule compagnie et la venue de Yolanda la ravit. Elle n’a jamais voulu d’un homme dans sa vie, le couple disloqué de ses parents l’avait guérie à jamais du mariage.

          Narration faite des derniers évènements de part et d’autre, elles décident de se concentrer sur les renseignements fournis par Catarina sur le père de Yolanda. Elles cherchent dans l’annuaire tous les Patrice Cullard de France, en espérant qu’il ne soit pas parti à l’étranger ou décédé. Le seul médecin de ce nom se trouve à Strasbourg. Plutôt que de téléphoner elles décident de ce rendre en Alsace dès que Martine aura pris des congés. En effet, Strasbourg est le lieu de naissance de Yolanda et la coïncidence la pousse à suivre cette piste.

          Patrice Cullard reçoit Yolanda comme une patiente. Elle fixe cet homme et comprend d’où viennent ses superbes yeux  verts, l’épaisseur de sa chevelure auburn et sa carnation claire. Elle n’a aucun doute en le voyant et son cœur lui dit qu’elle ne fait pas erreur.

          - De quoi souffrez-vous Mademoiselle ? 

          - De la méconnaissance d’un père… 

          - Mon domaine est la gynécologie pas la psychologie…. Je ne peux vous être d’une grande utilité…. 

          - Au contraire….je crois que vous êtes mon père… 

          - Est-ce une plaisanterie ? 

          - Pas du tout, je suis la fille de Catherine Riveros … vous  étiez très proches à l’université.

          - Vous êtes la fille de Cathy ! Je l’ai cherché vainement lors de la rentrée des cours fin 1971, je ne pouvais me passer d’elle et elle a disparu du pays ! Sa mère n’a jamais voulu me dire où elle était ! Où est-elle ?  Comment va-t-elle ?

          - Au Chili avec son mari…. 

          - Sait-elle que vous êtes ici ? 

-         Que je vous recherche oui …

 

          Il se lève et serre Yolanda contre lui :

          - Cela fait si longtemps que j’attendais ce moment ! Je n’arrive pas y croire ! Ma fille ! Es-tu dans un hôtel à Strasbourg ?

          -  Non, chez une amie à Metz, elle m’attend dans la salle d’attente.

          - Allons la chercher et je vous emmène chez moi. 

          - Etes-vous marié ? 

         - Oui…ma femme connaît mon histoire… mais je t’en prie supprime le vouvoiement de ton vocabulaire, je suis ton père et je suis tellement heureux de te connaître ! 

          Hélène, la femme de Patrice, reçoit les deux filles chaleureusement. Chacun y va de sa petite larme puis il est décidé que Yolanda et Martine resteraient dans la maison, pas question qu’elles aillent dans un hôtel.

          Yolanda appelle sa mère et la met au courant. Catarina a du mal à parler tant l’émotion la gagne.

          - Maman, ne t’inquiètes pas, tout va très bien mais je pense que je vais rester quelques temps en France. Je t’appellerai régulièrement, je vais prévenir Jaime de faire le nécessaire pour le cabinet.

          - Très bien ma fille….de toutes façons ici c’est devenu très dangereux pour toi….ne dis rien…n’en parle à personne.

          Avant de quitter l’Alsace Yolanda décide de faire connaissance avec ses grands parents maternels.  Trop de mystère entoure cette branche de la famille. Patrice lui indique la maison où ils habitaient en 1971. Il avait appris le décès du grand-père et le départ de Strasbourg de la grand-mère. Il a cherché longtemps Catarina mais les deux femmes étaient introuvables.

          Yolanda se rend alors à la maternité  « Les Primevères » où elle a connu le jour. La sage-femme de l’époque a laissé la place à sa fille. Cette dernière n’a aucun souvenir probant alors  elle lui propose de rencontrer sa mère le lendemain dans le parc au bord du Rhin.

          Lisbeth Meyer se souvient très bien de la jeune étudiante en médecine qui était si triste avant d’entrer dans la salle d’opération pour une césarienne. Elle pleurait et son mari essayait vainement de la calmer.

          - Votre maman a été très faible les premiers jours. Vous étiez également très affaiblies car trop petites toutes les deux, étant venues avant terme un mois.

          - Toutes les deux ! Nous étions deux ?  Vous devez faire erreur ! 

          - Absolument pas, votre père avait un fort accent espagnol malgré qu’il vivait en France.

          - Le deuxième bébé est-il décédé ? 

          - Pas que je sache

          - Je ne comprends pas, j’ai toujours été seule avec mes parents…. 

          - Votre mère est rentrée chez elle avec une des fillettes car l’autre n’avait pas encore le poids requis pour sortir de la clinique.

          - Je n’ai jamais entendu parler d’elle… Qui a déclaré notre naissance ? 

          - Je pense que c’est votre père.

          Ricardo ! Encore Ricardo ! Que s’est-il donc passé il y a trente ans ! 

          Yolanda téléphone à nouveau à sa mère et lui pose des questions. Elle lui répond que cela doit être une erreur car elle n’a jamais eu qu’une seule fille. Yolanda ne la croit pas. Elle parle de cela avec Patrice Cullard qui se retrouve à présent avec deux filles !

          - Allons à la mairie Yolanda, peut-être aurons-nous des réponses…Je connais bien le maire, il va pouvoir nous aider.

          Le surlendemain, ils eurent de sérieux indices, Yolanda a été déclarée sous le nom de Riveros et le même jour un autre bébé a été déclaré sous le nom de Véronique Mirol, fille de Catherine Mirol et de père inconnu. Le nom a frappé Patrice et Yolanda car Mirol est le nom de jeune fille de Cathy, alias Catarina.

          Ils cherchèrent ensuite si une jeune femme de ce nom n’habitait pas la région mais ne trouvèrent rien. Patrice annonça qu’il allait engager un détective privé.

          Martine et Yolanda quittèrent Strasbourg parce que les congés de Martine finissaient. Patrice promit de rester en contact avec Yolanda et de lui faire part de tout ce qu’il apprendrait.

          Chaque fois que Yolanda se promenait en ville, il lui semblait être suivie. Elle ne voyait rien, c’était juste une impression. Seulement Martine avait également la sensation d’être suivie et cela devenait très désagréable. Martine proposa à Yolanda de travailler avec elle au dispensaire du centre ville à Metz. Une psychologue lui serait bien utile pour les cas sociaux dont elle s’occupait depuis trois ans. Ce job plut à son amie qui accepta aussitôt de l’aider et d’être son assistante avant de repartir pour le Chili. Elle voulait un peu s’imprégner de la culture française.

          Quatre mois passèrent ainsi jusqu’à ce que Patrice Cullard apprenne à sa fille qu’il avait retrouvé la trace de la grand-mère de Yolanda. Le soir même ils se rendirent rue de la Victoire à Montigny-les Metz.  L’appartement était vide. La concierge leur dit d’un air désolé :

          - La vieille dame est décédée il y a un an…. 

          Patrice demanda :

          - Vivait-elle seule ? 

          - Non avec Véronique, sa petite-fille mais vous ne la trouverez pas en ce moment, elle est en vacances en Espagne et ne rentre que dans quinze jours.

          En voyant Yolanda elle sursaute !

          - Vous êtes revenue ? 

          - Non…..je ne suis pas Véronique mais sa sœur jumelle.

          - Je ne savais pas qu’elle avait une sœur.

          Ils partirent en laissant la concierge perplexe !

          Deux semaines plus tard Yolanda se rendait au dispensaire quand une austin bleue la frôla. La conductrice semblait absorbée par ses pensées et ne l’avait pas vue. Elle la vit se garer et sortir en courant vers l’ascenseur. Elle ne fit plus attention à elle et s’engouffra par une autre porte.

          Le soir après avoir quitté Martine qui allait au supermarché elle reçut un appel de son père qui l’informait qu’il venait la chercher pour aller chez Véronique.

          Lorsqu’ils arrivèrent à Montigny, la concierge les accueillit avec tristesse :

          - Pauvre demoiselle, la police est venue tout à l’heure, Mademoiselle Mirol a eu un accident, ils ont repêché sa voiture dans la Moselle ce matin.

          - A quel hôpital est-elle ? 

          - Hélas…. 

          Yolanda hurla :

          - Non ! Non ! Ce n’est pas possible ! 

          Comme Martine n’était pas encore rentrée, Patrice écrivit un mot et le fixa à la porte pour la prévenir qu’il emmenait Yolanda chez lui et qu’elle appellerait le lendemain pour tout lui expliquer. Les appels du lendemain et des jours suivants furent sans réponse. Yolanda appela son frère et apprit ainsi qu’Eduardo avait engagé un détective pour la retrouver. C’était donc cela. Elle n’était pas folle, elle avait bien été suivie.

          Elle décida de retourner au Chili sans avertir sa famille. Patrice l’accompagna jusqu’à la gare de Strasbourg où elle prit le train jusqu’à Paris. Elle appela plusieurs fois chez Martine mais cela ne répondait toujours pas. Dans la soirée elle prit l’avion pour Santiago. Son père lui promit d’aller chercher ses affaires chez Martine et de les lui envoyer. Heureusement elle avait toujours son passeport sur elle !

          Elle se souvient du voyage, de son arrivée, d’une femme qui lui demandait où était la réception des valises puis….cette chambre dans la pénombre.

 

 

 

 

 

 

Par marinachili - Publié dans : LES TROIS DAMES roman policier - Communauté : Ecrire
Dimanche 16 décembre 2007

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