"Quelquefois le génie est le mot d'un enfant"





CHAPITRE 19
La trame
21 Novembre soir
Yves appelle Grâce pour la rassurer et lui confirmer que Véronique est bien en vie et qu’il a pu lui parler. A peine a-t-il raccroché que le commissaire Marocco l’appelle sur son mobile :
- Monsieur Weber vous avez rendez-vous avec mon homologue au Chili, il vous attendra au pied du funiculaire venant du Cerro San Cristobal dans deux heures.
- Comment vais-je le reconnaître ?
- Ne vous inquiètez-pas, je lui ai faxé une photo, lui vous reconnaîtra.
Après avoir longé l’avenida Pedro de Valdivia, il arrive enfin à la station du funiculaire. Il n’a certainement pas pris le chemin le plus court mais l’essentiel c’est d’avoir trouvé. Un homme, la cinquantaine bien tassée, en costume gris foncé avec une chemise au col ouvert, s’approche de lui :
- Monsieur Weber ? Je suis l’agent Wanclift d’Interpol…allons souper nous pourrons parler librement en dégustant des spécialités du pays.
Ils longent le couvent canadien des sœurs de la Providence et arrivent dans le quartier où se concentrent les meilleurs restaurants et où se trouvent diverses ambassades. Dans la voiture, Yves commence à lui expliquer ce qui s’est passé en France. Il lui parle aussi de la disquette. Il a fait surveiller Bernardo mais n’a jamais pu le prendre en flagrant délit. L’apparition surprise d’une française au sein de la famille Esteban est peut-être une chance.
- Pourquoi ne pas avoir arrêté cet homme ?
- Parce qu’il n’est qu’un rouage de l’organisation, nous voulons suivre la filière jusqu’à la tête….
- Mademoiselle Mirol est au centre de toute cette histoire et cela risque d’être très dangereux pour elle, surtout depuis qu’elle a emmené la petite Andora.
- Ce fut très courageux….et va nous servir. Il faut qu’elle reste en contact avec son « beau-frère » sans jamais faire allusion ni à vous, ni à moi. Vous serez l’intermédiaire et nous nous reverrons à des endroits que je vous indiquerai par téléphone.
- Est-elle obligée de rester chez Eduardo Esteban ?
- Absolument ! Officiellement elle est sa femme et personne ne doit en douter dans cette famille….si cela s’apprend, elle sera en danger….il faudrait que je puisse lire la disquette…
- Je vais lui faire part de votre demande…
Quand l’agent Wanclift le dépose à l’hôtel, Yves imagine Véronique chez Eduardo et cela le rend furieux. Il sait d’avance que la nuit va être longue parce qu’il a hâte de la retrouver. S’il savait que Véronique va chez Jaime !
Dans la voiture Véronique reçoit un appel de Raul sur son mobile :
- Dans quel hôtel es-tu ? Nous devons absolument parler.
- Je ne suis pas à l’hôtel…je vais chez Jaime.
Petit silence puis :
- …Tant mieux ! Je te rejoins là-bas…préviens-le de mon arrivée mais il a l’habitude…
Zut, encore ces maudits pincements au cœur dès que le nom de Yolanda est prononcé ou sous-entendu. Allait-elle souvent chez Jaime ?
Monica ne semble nullement étonnée de voir Véronique, elle fait un clin d’œil à son frère en disant :
- Tu attires vraiment les belles femmes ! Quel charme fou !
Véronique détourne la tête pour ne pas laisser paraître sa moue et prend Andora dans les bras. La petite est un peu apeurée puis dans un élan soudain, met ses petits bras autour du cou de Véronique. A nouveau les larmes montent aux yeux de la jeune femme en pensant aux actes de Bernardo. Comment peut-on faire du mal à des enfants ? Elle en est là de ses réflexions quand arrive Raul. Il regarde la jeune femme et :
- Est-ce la petite que tu as ramenée de Paine ?
- Oui et je ne regrette rien…
- Fais très attention, mon père a convoqué Bernardo et ils se sont enfermés dans le bureau.
- Ton père a dit qu’il allait me protéger et chercher ta sœur.
- J’espère que c’est vrai…j’ai étudié sérieusement la disquette. Les noms indiqués correspondent à des patients de la clinique de Bernardo, des enfants entre 2 et 12 ans. Ils ont tous subi des greffes ou des transplantations. Il faudrait pouvoir consulter les dossiers et comparer les opérations des enfants de Paine et celles des patients inscrits à la clinique.
Jaime trouve curieux les déductions de Raul :
- Comment peux-tu savoir à quoi correspondent les codes de la disquette ?
- Tu oublies que je travaille dans cette clinique ! Je connais donc le nom des patients qui s’y trouvent !
- Bernardo ferait tout cela ouvertement à la barbe de tout le monde !
- C’est la façon la plus sûre de procéder.
- Que fait-il alors des enfants de la mission ?
- Je ne sais pas c’est pourquoi nous devons être prudents et ne parler à personne avant d’avoir les preuves suffisantes. Il serait souhaitable de ne pas trop en dire à ton ami français Véronique, est-il au courant de la disquette ?
- Oui…et j’ai confiance en lui, il a rendez-vous….
Jaime l’interrompt brusquement :
- Il a rendez-vous avec nous demain matin…
Ce n’est pas ce que Véronique voulait ajouter. Jaime est étrange. Raul continue :
- C’est Eduardo qui a financé le début des travaux de la mission avec une subvention du gouvernement. Je ne sais pas quel est son rôle exact dans tout cela mais sois excessivement prudente dans tes paroles et surveille ses appels.
- Très bien, puisqu’il le faut, je vais retourner chez lui demain.
Raul s’en va et Jaime prend la main de Véronique :
- Cela ne me plait guère que tu retournes chez les Esteban, je préfèrerais te garder avec moi.
Le cœur de la jeune femme bat très fort, les paroles de Jaime la touchent profondément. Cependant elle est triste, ce n’est pas elle qu’il voit, c’est Yolanda dont elle est le reflet. Elle retire sa main.
- Pourquoi as-tu interrompu ma phrase tout à l’heure ?
- Parce que je ne voulais pas que Raul sache que ton ami avait rendez-vous avec Interpol.
- N’as-tu pas confiance en lui ?
- Il vaut mieux être très prudent….il travaille dans la même clinique que Bernardo.
- Ok, je comprends…à demain alors.
Monica a remarqué le trouble de la jeune femme et les yeux brillants de son frère. Il est visible qu’il est amoureux de la française, elle s’en doutait mais là elle sait qu’elle ne fait pas erreur. Cette dernière n’est pas insensible à cet amour mais sa réserve doit être due au fait qu’elle va devoir quitter le Chili quand toute cette histoire sera terminée. Elle est cependant inquiète pour son frère car jamais elle ne l’a vu ainsi ! Et comment va réagir Yolanda ?
Dès que son frère a disparu dans sa chambre, elle s’approche,
- Véronique puis-je te poser une question ?
- Y a-t-il un problème Monica ?
- Non, pas du tout, je voulais juste savoir ce que tu ressens pour mon frère parce que je crois qu’il s’attache à toi.
- Je ne sais que répondre, je crois surtout qu’il est amoureux de Yolanda et je la lui rappelle.
- Je ne connais pas la situation exacte entre mon frère et Yolanda, elle est très exclusive dans sa relation avec lui mais elle est mariée…..et il ne l’a jamais regardée comme il le fait avec toi.
- Merci …mais peut-être n’a-t-il jamais voulu le laisser paraître justement parce qu’elle est mariée.
Et Véronique pense au billet trouvé dans la poche.
Son mariage n’est pas heureux alors cela ne doit pas lui donner de remord !
Monica se sent gênée d’avoir abordé ce sujet :
- Je ne veux pas te mettre mal à l’aise…passe une bonne nuit…à demain.
Véronique s’allonge sur le lit. Son esprit va vers Jaime. Elle aurait voulu dire à Monica combien son frère lui plait et comme elle voudrait que ce soit elle qu’il aime. A quoi bon ! Elle va retourner en France quand Yolanda réapparaîtra et il retrouvera sa collègue et ses habitudes. Il oubliera la française du bout du monde. Son cœur se serre et elle pleure le nez dans l’oreiller.
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Voir également l'article "Terrain à vendre à Treilles"



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