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CHAPITRE 9

Entrée en fonction
 

12 Novembre 2003

          9 heures : Véronique arrive au cabinet, déposée par Catarina devant l’immeuble de verre de quinze étages de la rue Martin de Zamora. Elle rencontre Jaime Larrain devant l’ascenseur.

          - Monsieur Larrain bonjour…excusez-moi mais je préfère monter les deux étages à pieds, je déteste les ascenseurs.

          - Bonjour Véronique, nous devrions nous tutoyer car c’est le cas avec Yolanda et elle aussi déteste les ascenseurs ! 

          - Je vais avoir besoin de v…ton aide car je ne connais pas la façon de procéder de ta collègue.

          - Les fichiers de patients sont sur disquettes et cd, d’autres sur le disque dur de son ordinateur, il y a aussi des notes écrites dans les tiroirs d’un meuble classeur. Elle m’a laissé le mot de passe pour que je puisse m’occuper de certains patients. 

          - Il serait préférable que je ne reçoive que les nouveaux patients ou les plus récents, les autres pourraient s’apercevoir d’une différence.

          - Bonne idée, je te laisse découvrir les lieux. En cas de problème, je suis juste à côté….pour la secrétaire, je viens seulement de l’engager, Yolanda n’a pas encore pu la rencontrer donc tout ira bien, de plus elle parle français et anglais comme moi.

          En entrant dans le bureau elle est agréablement surprise. Il est exactement comme elle aurait voulu que soit le sien. Une grande baie vitrée donne sur un parking boisé. Le décor indique la forte attirance de Yolanda pour le mobilier européen. Un grand tableau représentant la Tour Eiffel est accroché au dessus de la méridienne. Des dessins d’enfants sont scotchés sur une grande plaque en bois derrière le bureau.

          Pourtant quelque chose cloche dans cet ensemble harmonieux, comme si tout avait été fouillé et remis en place très vite et sans ménagement. Des feuilles dépassent d’un tiroir, des livres sont à l’envers sur l’étagère.

          Elle cherche les disquettes des patients et ne trouve que de rares dossiers dans un petit coffre sur une étagère. Elle appelle Jaime :

         - Tu m’as dit où trouver les disquettes mais il y en a vraiment très peu et tout semble avoir été fouillé… 

          - C’est sûrement son beau-frère qui les a emmenés quand il a transmis les dossiers urgents à un de ses confrères à l’hôpital  après le départ de Yolanda.

          - Tu parles de Bernardo ? A-t-il les clés ? 

          - Oui, cela m’a vraiment étonné que Catarina lui remette ! 

          - Comment Yolanda paie-t-elle les frais du cabinet ? 

          - Un comptable s’en charge à la fin du mois….pourquoi ? 

          - Peux-tu téléphoner à un serrurier, je vais faire changer les serrures….Bernardo ne m’inspire aucune confiance… 

          - Fais très attention, en dehors de Catarina et de Raul, la famille est redoutable ! 

          Redoutable ou pas, je suis Yolanda pour tous alors je vais faire comme si c’était mon bureau et mes affaires ! La seule à qui j’aurai à rendre des comptes sera Yolanda.

          Elle fouille les tiroirs, remet de l’ordre, consulte l’ordinateur mais ne trouve rien d’intéressant. Yolanda devait avoir une raison précise pour partir et pour susciter la haine de son beau-frère ! De plus il est visible que le cabinet a été fouillé.

          - Je dois chercher, un tel bazar signifie qu’il y a quelque chose d’important caché quelque part.

          Elle réfléchit.

          Bon si c’était moi où irais-je  dissimuler un dossier ou une lettre ou n’importe quoi d’ailleurs ? Je ne sais même pas ce que je cherche.

          Elle fixe un grand meuble.

           Il n’a pas l’air d’avoir été déplacé récemment, oui, ce serait une bonne idée…allons voir 

          Elle essaie de bouger le classeur vertical, impossible, il est trop lourd ! Pourtant c’est bien là qu’elle l’aurait mis ! Comme elle n’a rien de spécial à faire, elle vide toute l’étagère et tous les tiroirs puis tire un côté du meuble en avant.

          - Bingo ! Une disquette est fixée avec du ruban adhésif sur le fond du classeur. A peine a-t-elle fini de tout remettre en place et d’enfouir la disquette dans sa poche que des coups sont frappés à la porte précédant immédiatement l’entrée de Bernardo.

        - Pour qui se prend-il celui-là ? 

          - V…tu aurais pu attendre que je te dise d’entrer ! Et si j’étais occupée avec un patient ? 

          - Ne t’énerve pas ! La secrétaire m’a dit que tu étais seule….Fais-tu du rangement ? 

          - Oui comme tu vois…Des dossiers ont disparus ainsi que des disquettes….

          Je dois y aller au culot ! 

          - Est-ce toi qui les a pris ? 

          - Il fallait bien s’occuper de certains enfants puisque tu es partie en laissant tout avec une parfaite inconscience ! 

          - Ne crie pas. Qu’est-ce que tu veux ? 

          - Revenir sur la discussion que tu as interrompue en quittant le pays…. 

          - Je n’ai rien à te dire… Je ne veux plus en parler…. 

          - Et pour cause, je ne sais rien. Je ne sais pas de quoi tu parlais avec ta belle-soeur !

          - Est-ce que le choc t’aurait transformée ? Rendue sensée ? 

          - Le choc me met surtout devant une énigme : de quelle façon suis-je revenue ici ? 

          - Calmes-toi ! J’ai fait au mieux. Eduardo était trop malheureux C’était la seule solution pour que tu reviennes au pays ! 

          - Quelle solution ? 

          - Je suis parti te chercher….le reste est sans importance, l’essentiel c’est que tu sois de retour et dans de meilleures dispositions 

          - Pas à ton égard en tous les cas ! Je te prie de me rendre les clés du bureau et de ne plus t’y introduire sans ma permission ! 

          - Toujours ce même caractère peu digne… 

          - Je me moque de ton opinion, je ne veux te voir que le minimum lorsque nous sommes en famille…. 

          - Dis moi d’abord si tu vas cesser tes investigations et si tu vas nous laisser tranquille ? 

          - Nous ? De qui et de quoi parle-t-il ! Zut et zut, je ne peux rien lui demander, je dois être prudente avec ce gars.

          - Ce sont vos affaires et votre conscience, mais tout se paie un jour dans la vie…. Faites comme vous voulez, cela ne m’intéresse plus… 

          -Je ne m’en sors pas trop mal, pourvu qu’il s’en aille vite, j’ai les nerfs à fleur de peau 

          - Bien…bien…je vois que tu es devenue raisonnable….ton père va être content de l’apprendre…. 

          - Il parle de Ricardo Riveros ! Que sait Catarina à ce sujet ? Mon Dieu Dans quelle histoire Yolanda s’est elle embarquée ? 

          Bernardo s’en va et Véronique ferme la porte à clé avant d’introduire la disquette dans le lecteur.

           - Encore une difficulté, je n’avais pas pensé à cela, le clavier est différent, allons courage … 

           Le document n’est pas codé.

INSTITUT DON CARLO DE VARGAS DE PAINE.

Construction réfectoire

Accueil personnes défavorisées

Service social

Education générale

Cours de langues (français, anglais)

Assistance médicale 

          Tout le début du fichier parle des frais d’installation et des services détaillés de chaque rubrique. La dernière partie attire cependant son attention. Le médecin qui s’occupe de la partie soins est Bernardo

          Un peu trop gros, la coïncidence ! Je vais explorer cela.

          Elle s’apprête à appeler Jaime puis se ravise, elle ne le connaît pas. Yolanda a caché cette disquette dans son bureau au lieu de la confier à son collègue donc le mieux c’est de ne pas en parler

          - Pourquoi ai-je l’impression de devoir appronfondir ce sujet ? Pourquoi cela m’intéresse-t-il à ce point ? Les enfants, oui c’est çà, les enfants, il s’agit d’une mission recueillant des enfants, mon grand point faible 

          Elle étudie donc soigneusement la dernière partie du document. Des enfants d’âges divers ont été envoyés au service pédiatrique de la clinique de Santiago pour raison d’interventions chirurgicales et les transferts ont été demandés par Bernardo. Il y a toutes les dates depuis environ six ans

          Il y a aussi une foule de noms de famille associés à des numéros : 187 ae, 201 bd, 304 bx etc…. Il doit s’agir d’un code mais se référant à quoi ?

          L’association se situe à Paine. Après avoir cherché sur l’ordinateur, Véronique trouve enfin l’endroit, c’est à soixante kilomètres au sud de Santiago.         

          - Comment vais-je aller là-bas ? Je n’ai pas de voiture et je ne connais rien ici…Je vais demander au collègue.

          - Jaime allo ! Excuse-moi de te déranger à nouveau, Yolanda a-t-elle une voiture ? 

          - Oui mais elle est au garage…Yolanda a eu un accrochage sérieux avant de partir et depuis le véhicule n’a pas bougé…je ne sais même pas s’il a été réparé…. 

           - J’aimerais bien visiter le pays….Je suis ici pour quelques temps encore alors autant en profiter…. 

          J’espère qu’il va me proposer son aide 

          - Je peux te servir de guide avec ma voiture si tu le désires…. 

          - N’as-tu pas une famille ? Des obligations ? 

          - Je ne suis pas marié….demain jeudi je ferme le cabinet et je t’emmène où tu veux….Ne dis à personne que tu t’absentes, c’est préférable, même pas à Catarina…. 

          Je suis folle à lier, je ne le connais pas, et s’il était de mèche avec Bernardo ? Bon c’est trop tard…  

          - Ok à demain alors, au bureau.

          A midi Catarina vient la chercher :

          - Comment s’est passée cette matinée ? 

          - Très calme parce que personne ne sait encore que Yolanda est revenue, Jaime a pris des rendez-vous pour demain toute la journée…. 

          - Beau mensonge ! 

          - Bien, allons déjeuner au restaurant, je ne pense pas que tu aies envie de te retrouver en tête à tête avec la belle-mère car Eduardo ne rentre que ce soir.

          - Merci….Je ne possède rien, je n’ai pas d’argent comment vais-je vivre jusqu’au retour de ta fille ? 

          - J’ai une procuration sur le compte de ma fille mais elle pourrait téléphoner à la banque en s’apercevant des retraits alors je vais te donner de quoi vivre ici. Yolanda me remboursera plus tard. Eduardo va également te remettre une somme qu’il donne régulièrement à sa femme pour le ménage.

          - Mais cela ne m’appartient pas ! 

          - Tant que tu es Yolanda, agit comme elle le faisait…je vais te donner tous les renseignements utiles.

          - Jaime m’a dit que sa voiture est au garage… 

          -…oui … je m’en occupe dès demain… 

          - Yolanda t’a-t-elle téléphoné ? 

          - Non, pas encore…je m’inquiète un peu mais elle m’a déjà appelé plusieurs fois après la date convenue.

          - Je voudrais tellement rentrer en France ! Comment vais-je faire sans papiers ! 

          - Quand Yolanda reviendra tu repartiras avec les siens et tu nous les renverras ensuite. Au pire il y a l’ambassade…. 

          - Suis-je vraiment obligée d’attendre son retour ? 

          - Pour sa sécurité  je pense que oui… 

          Véronique a un moment de lassitude et de profond découragement. Les plats sont appétissants cependant la faim l’a quittée.

          En fin de journée, en tournant les clés dans la serrure de l’appartement elle n’a qu’une envie, prendre un bain relaxant et se coucher. Elle traverse la salle à manger et se heurte à Lorena :

          - Je pensais vous voir à midi ma chère belle-fille !  Auriez-vous perdu le chemin du foyer conjugal ?

          - Cessez vos sarcasmes s’il vous plait ! Et remettez les tableaux et les bibelots amoncelés dans ma chambre à leur place initiale ! 

          - Pour qui vous prenez-vous ? 

          - Pour la maîtresse de ces lieux ! Ne l’oubliez plus jamais ! 

          - Vous avez perdu ce droit en partant…. 

          - Peu importe ce que vous pensez, je suis chez moi ici et je ne fais que vous tolérer. Si cela vous déplait, allez vivre ailleurs et cessez de m’importuner ! 

          - La France ne vous a pas appris les bonnes manières ma fille ! 

          Véronique hausse les épaules et se rend dans sa chambre.      

          Pense ce que tu veux vieille chouette, Catarina veut que tout soit remis en place alors cela le sera et cette bonne femme ne m’impressionne pas mais qu’est-ce qu’elle m’énerve ! Je ne suis pas Yolanda, je ne me laisserai pas pourrir la vie !

          Quelques minutes plus tard des cris en espagnol lui parviennent du couloir, puis deux petits coups frappés à sa porte. Elle enfile vite un peignoir de bain et se retrouve devant Eduardo.

          - Ma mère est furieuse que s’est-il passé ? 

          - Une simple mise au point….Il serait bon qu’elle reste à sa place… 

          Heureusement que Catarina m’a tout raconté au restaurant !

          - Tu as toujours été dure avec elle….son état de santé risque de s’aggraver si tu la contraries…. 

          - Libre à toi de penser qu’elle est malade…Elle simule dès que tu arrives et avec moi cela ne marche pas ! 

          - Je sais que la cohabitation est difficile seulement tu ne fais rien pour améliorer la situation.

          - Si tu penses que je ne suis plus chez moi ici, je peux repartir ! 

          -  Non ! Je ne le supporterais pas ! 

          - A toi de décider ! 

          - Je vais parler à ma mère…. 

           C’est çà, va parler à ta mère et oublie-moi parce que je ne sais vraiment pas quoi te dire… 

          Lorena Esteban n’a pas dû apprécier la conversation de son fils car les cris ont repris de plus belle accompagnés ensuite de pleurs très bruyants, trop bruyants pour être sincères.

          Quelle comédienne cette femme ! Pas étonnant que Yolanda ait pris la poudre d’escampette ! 

http://www.lulu.com/content/830392

 

 

 

par marinachili publié dans : LES TROIS DAMES roman policier communauté : Ecrire
Mardi 4 décembre 2007

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  Voir également l'article "Terrain à vendre à Treilles"



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