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CHAPITRE 40 

Romain Guillot

 

28 Novembre 2003

          Le commissaire Marroco commence sérieusement à s’énerver, la version  du détective a de grosses failles.

          Comment Martine a-t-elle pu changer de vêtements et surtout porter la robe de Véronique ? Un vêtement de Yolanda serait plausible mais pas de Véronique !

          Romain Guillot n’a pas changé une once de sa déclaration comme s’il récitait une histoire.

          Il reçoit un appel de Wanclift et ensuite, avec un sourire ironique s’adresse à Guillot.

          - Je vais te déférer chez le juge, nous avons de nouvelles preuves te concernant. 

          L’autre ne se démonte pas :

          - Vous ne pouvez rien avoir contre moi, je n’ai rien fait… 

          Marroco sourit toujours :

          - Bernardo Esteban tu connais ? Raul Riveros tu connais ? Et l’argent tu as eu de Carlo Riveros tu vas aussi le nier ? 

          - Je vous ai dit que j’avais reçu un virement…. 

          -  Oui un virement important que tu vas devoir  justifier avec une facture !  L’argent en liquide que tu as mis sur ton compte épargne et qui correspond aux retraits de Bernardo Esteban tu vas aussi pouvoir les justifier ?

          Guillot perd de son arrogance :

          - Il m’a donné le solde pour mon travail… 

          - 30 000 dollars ! Et quinze jours après son retour au pays ! 

          - Et comment as-tu connu cet homme alors que tu as toujours parlé de Riveros ? 

          - D’accord j’ai menti….C’est lui qui est venu me voir… Il voulait ramener sa belle-sœur à tout prix ! 

          - Tu es mal…très mal…Bernardo Esteban est mort ! 

          -  Eh ! Vous n’allez pas me mettre ce meurtre aussi sur le dos !

          - Meurtre ? Tu m’as l’air bien renseigné ! Tu peux appeler un avocat ou si tu n’en as pas tu en auras un d’office…  Puis se tournant vers les policiers près de la porte :

          - Remettez-le en cellule, je vais appeler le juge.

          Guillot essaie de se débattre :

           - Attendez ! Attendez ! Je n’ai tué personne ! 

          -  Que sais-tu exactement ?  Parle ! 

          Il s’affaisse sur la chaise et  raconte.

          Le matin où il a suivi Bernardo Esteban  après lui avoir dit où trouver Yolanda, du moins Véronique, mais il ne le savais pas, il a vu Bernardo attendre derrière un poteau l’arrivée de la voiture de la jeune fille. Elle est entré dans le couloir puis est revenue sur ses pas alors il l’a assommée et mise dans une voiture de location. Seulement une autre fille arrivait et l’a vu. Elle s’est mise à crier mais Bernardo a démarré très vite. La fille courait vers la sortie en appelant au secours puis une voiture l’a renversée. Deux hommes sont sortis, ils ont regardé autour d’eux, je me suis cachée entre deux voitures. Ils parlaient espagnol ou italien, je n’en sais rien puis ils ont redémarré. La fille n’était plus là, ils l’avaient emmenée.

          - Et pourquoi n’as-tu pas signalé cela tout de suite ? 

          - J’ai eu peur, cela ressemblait à un complot et je n’aime guère les gens latinos dans ce genre de problème, ils sont généralement dangereux.

          - Quand as-tu commencé à faire du chantage à Bernardo Esteban ? 

          - Mais je n’ai pas fait de chantage ! 

          - D’où te vient l’argent de ton compte épargne alors ? 

          - Dix jours plus tard, deux hommes se sont présentés à mon agence, ils m’ont donné cette somme d’argent en dollars en disant que je devais oublier toute ma filature et surtout le nom de Riveros.

          - Et cela ne t’a pas étonné de recevoir une telle somme pour une simple filature ? 

          - Je n’ai pas voulu me poser de question…et ce fut pire après que j’aie lu dans le journal le récit de l’accident dans la Moselle ! 

          - Pourquoi parler de meurtre alors pour Bernardo ? 

          - Comme les gars dans le parking ont tué la fille, j’ai pensé qu’ils avaient aussi réglé son compte à votre gars…. 

          - Tu vas être accusé de complicité de meurtre…. 

          - Mais je ne pouvais rien faire ! 

          - Si, venir nous parler…. Comment expliques-tu les traces de sang dans ta voiture ? Ainsi que le cheveu de Martine Hoffmann ? C’est toi qui vas être accusé de meurtre car tu es notre seul suspect.

          Romain Guillot hésite :

          - Si ces hommes reviennent je ne donne pas cher de ma peau ! 

          - Alors tu seras condamné pour eux ! 

          - D’accord…je vous explique.  Les deux hommes qui ont renversé la fille, je les ai retrouvés dans mon garage. Ils m’ont demandé de retourner chercher l’Austin et de la garer sur les bords de la Moselle à Saint Symphorien tandis qu’eux repartaient avec ma voiture.  Je les ai attendu une demi-heure comme prévu, ils sont arrivés dans ma voiture. Ils avaient mis la fille dans le coffre. Ils ont dû prendre des fringues dans l’appartement de la fille car elle était habillée autrement. Par contre son visage était méconnaissable, c’était une horreur ! Ils l’ont installée au volant, mis le moteur de l’austin en route puis avec ma voiture ils l’ont poussée contre la rambarde de la rive jusqu’à ce qu’elle tombe dans le fleuve puis ils m’ont ramené jusque chez moi et ont repris leur véhicule en me faisant signe de me taire à jamais.

          - Pourrais-tu les reconnaître ? 

          - Peut-être…. 

          Marroco se tourne vers ses inspecteurs :

          - Remettez-le en cellule, je demande son transfert pour complicité de meurtre…. 

          Ensuite Marroco appelle Wanclift et lui fait le récit des derniers évènements.

          - A toi de jouer maintenant, je crois que tu as à faire avec une sacrée organisation…. 

          - Je m’y attendais un peu ! 

           Oh oui qu’il s’y attendait ! Il a connu Paulo Riveros lors de son initiation à l’organisation d’extrême droite quand il a été promu Inspecteur principal. Il avait énormément d’ambition et il avait compris par quel chemin obtenir ce qu’il voulait. Ce groupe était moderne en tout sauf dans sa base dogmatiquement religieuse. Les débuts furent difficiles, il dut faire ses preuves mais il avait brillamment réussi. Le fait que Marocco ait entendu parler de Carlo n’arrange pas ses affaires. Il n’a pas encore tous les documents compromettants entre ses mains et cela risque d’être considéré comme une grave erreur. Diego Riveros ne lésine pas avec ce genre de contretemps. A Quatre vingts ans, il ne va pas tarder à passer le flambeau à Paulo et ce dernier est pire que son père !

          Diego Riveros avait cinquante et un ans au moment du coup d’Etat de Pinochet. Lors de l’épuration des Forces Armées, il a été un des premiers à approuver le nouveau régime. Le système gouvernemental n’avait plus de demi-mesure, juste deux classes : les dirigeants et les opprimés. Diego était dans le groupe des dirigeants donc sa famille jouissait d’un statut privilégié ne la mêlant pas à la terreur physique, à condition bien entendu qu’elle respecte à la lettre les consignes imposées et Diego, le Patriarche, à présent surnommé « le Conquistador » y veillait.

          Ils vivaient tous alors dans le Rio Alto, non loin de Providencia. Carlo avait failli à cette règle d’où son arrestation, mais la protection de son père lui a néanmoins évité le pire. Il a fallu pour cela qu’il accepte certaines conditions comme celle d’être à la disposition de l’organisation lorsqu’elle ferait appel à lui.

          A la fin de la Présidence de Pinochet, les membres influents ont dû s’expatrier, certains ont été jugés en Argentine mais ensuite graciés. Les ramifications de l’organisation se trouvent dans presque tous les domaines, dans les professions libérales , le service médical, l’armée, les services juridiques gouvernementaux, la police, les services secret, etc….

          L’inspecteur d’Interpol se dit qu’il est mal et qu’il faut trouver très vite une solution.

          Qui a les documents ? Véronique ? Yolanda ? Combien y a-t-il de duplicata ? Ces deux femmes sont aussi teigne l’une que l’autre ! Quel idiot ce Guillot de s’être trompé de personne ! Ils en ont deux à surveiller à présent ! La mort de Bernardo risque de faire éclater la vérité alors qu’il avait si bien préparé son plan ! C’est vraiment très dangereux pour lui s’il rate sa mission !

          Bon, première chose, je dois me servir de ce grand dadet de Weber ! Il est amoureux de cette Véronique, cela crève les yeux ! Ensuite je le presserai de rentrer en France mais avant il faut qu’il évite toute conversation entre Weber et Marroco sinon il va s’apercevoir de détails contradictoires et illogiques.

 

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Mercredi 16 janvier 2008

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undefined Une angoisse inattendue m’étreint. Un cauchemar qui a toujours eu une grande importance dans les évènements de ma vie et de mes proches. Dans ce rêve je perdais mes dents ! Croyance ? Prémonition ? Superstition inutile ? Tout à la fois. Quand autrefois je rêvais ainsi que je perdais mes dents, une personne dans mon entourage avait de graves problèmes de santé ou décédait et ce, en fonction des dents qui disparaissaient. Macabre réflexion en ce mardi matin ! Je dois absolument diriger mes pensées vers des sujets plus gais et mettre le côté négatif dans les oubliettes. Je sens que je vais être très active aujourd’hui pour éviter de trop laisser mon cerveau mettre mettre en place des images sombres. Comme d’habitude en de telles circonstances, je suis glacée malgré la douce chaleur de l’appartement.

         Allons Violette…Il ne se passera rien de grave…Fais vagabonder ton imagination sur tes manuscrits…Donne vie à tes personnages au lieu de décimer ton entourage !
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Mardi 15 janvier 2008

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CHAPITRE 39
 

Confidences

          Après les obsèques Raul a ramené Gladys chez elle. Elle tremblait tellement qu’il n’a pas eu le cœur de la laisser seule. Il a passé la nuit sur le canapé.

          Il est en train de préparer le café quand la sonnerie de la porte d’entrée résonne

          Yolanda et Véronique se trouvent devant lui. En voyant leurs visages il comprend que le moment des explications est arrivé mais c’est trop tôt, beaucoup trop tôt alors :

          - Gladys vient juste de se réveiller, prenez un café avec elle moi je dois m’absenter, je suis déjà en retard…

          Yolanda rétorque aussitôt :

          - Prendrais-tu la fuite ? Cela te ressemble bien ! Comment…. 

          - Tu me poseras toutes les questions que tu voudras mais plus tard.

           Il prend sa veste et part en claquant la porte.

          Gladys ne comprend pas ce qui se passe mais les deux sœurs ne veulent pas l’ennuyer dans le moment pénible qu’elle traverse. Gladys a les yeux gonflés d’avoir certainement pleuré une bonne partie de la nuit. Yolanda propose :

          - J’ai pensé que Véronique pourrait te tenir compagnie aujourd’hui et t’aider dans tes démarches administratives car tu ne dois pas avoir la tête à tout cela, moi je dois me rendre au cabinet dans une heure, la secrétaire a pris des rendez-vous.

          - Merci…je veux bien…je suis complètement perdue…Bernardo s’occupait toujours de tout.

          - Alors les filles je vous laisse ! Véronique je viendrai te rechercher ce soir.

          La tristesse de Véronique n’a pas échappé à Gladys :

          - Tu as l’air d’être ailleurs….Penses-tu à tes amis et à ton pays ?

          - En quelque sorte oui…il va bien falloir que je reparte… 

          - Cela a l’air de complètement te démoraliser.

          - Il m’est arrivé quelque chose à laquelle je ne m’attendais pas.

          - Tu n’es quand même pas tombé amoureuse du mari de Yolanda pendant que tu étais chez lui ! 

          - Oh non ! Rassure-toi ! Eduardo et sa mère je les déteste prodigieusement !  Il ne s’agit pas de lui 

          Gladys s’assoit face à sa belle-sœur, très intéressée

          - De qui alors ?  Pas de Raul c’est ton frère…il ne reste plus que Jaime Larrain… 

          Véronique est bloquée, aucun son ne sort de sa gorge, la tension des derniers jours n’a fait qu’augmenter et tout son corps se crispe.

          - Oh je crois que je suis tombée pile ! Es-t-il marié pour que tu te mettes dans un tel état ? Ou alors ne sait-il pas que tu l’aimes ? 

          Gladys monologue un bon moment avant que Véronique parvienne à dire quelques mots :

          - Je crois qu’il en aime une autre…. Dont je ne suis que le reflet…il s’est laissé abuser par la ressemblance.

          Les derniers mots ont été à peine murmurés mais Gladys les a entendus.

          - Le crois-tu amoureux de Yolanda ? 

          - Changeons de sujet si tu veux bien, parles-moi plutôt de toi.

          Gladys ne sait pas vraiment par où commencer :

          - Ma vie ressemble à beaucoup d’autres cependant le passé……  Ses yeux se mouillent et son regard s’éloigne du présent.

          Née en 1968, elle a passé son enfance dans les ruelles tortueuses et dans les escaliers descendant  en pente raide de la demeure coloniale familiale datant de l’époque où Londres gérait presque toute la ville de Valparaiso. Elle voyait rarement son père toujours occupé par ses affaires.

          Elle ne se souvient pas vraiment du coup d’état du 11 septembre 1973, elle n’avait que cinq ans mais ce dont elle se souvient par contre c’est du jour anniversaire de ses 22 ans !

          Le nouveau gouvernement de Patricio Aylwin, démocrate chrétien,  suscita de grands et vifs espoirs mais cette démocratie était très limitée dans ses actions en raison du régime antérieur. Pinochet  tirait toujours les ficelles du pouvoir tout en n’étant plus président.

          Le 15 décembre 1990, des carabiniers ont fait irruption au milieu de la fête anniversaire et ont arrêté ses parents comme s’ils étaient des criminels. Un des carabiniers la fixait et soudain a dit à ses collègues :

          - Emmenez aussi celle-la ! 

          Elle se souvient que la plupart des carabiniers étaient aussi jeunes qu’elle mais celui qui l’a fait arrêter était plus vieux et elle ne l’oubliera jamais. Son regard la glaçait jusqu’aux os. Il la fixait et c’était comme s’il entrait dans tout son corps et violait son cerveau et son intimité. Il lui posa plusieurs questions sur son appartenance à un parti mais elle ne faisait partie de rien alors elle ne pouvait répondre que par la négative.

          Le chef des carabineros la fit venir plusieurs fois sans que jamais elle ne fut brutalisée et lui posait toujours la même question. Et inlassablement Gladys disait non.

          Certaines autres femmes n’avaient pas ce traitement de faveur. Quand elles criaient qu’elles étaient innocentes des faits qui leur étaient reprochés, les carabiniers les frappaient à coup de barre de fer entourée d’une couche de caoutchouc pour ne pas laisser de trace. D’autres étaient tirées par les cheveux quand elles tentaient une émeute dans la cour.

          Gladys comprit très vite que crier son innocence ne servait à rien mais que s’accuser était pire. Elle sentait qu’elle plaisait à cet homme que tous nommaient Paulo et c’était peut-être une chance pour elle. Du moins le croyait-elle. Elle fut convoquée un jour dans la salle des interrogatoires et le fameux Paulo n’était pas seul. Un des hommes présent avait l’allure d’un bandit de grand chemin avec sa barbe noire et ses épais sourcils. Il prit le premier la parole :

          -  Ton père et ta mère ont avoué avoir hébergé des révolutionnaires…. Que sais-tu à ce sujet ? 

          Gladys tremblait de tous ses membres. Jamais ses parents n’avaient hébergé qui que ce soit. Et elle le dit tout en affirmant que ce n’était qu’une machination.

          A peine avait-elle prononcé ce mot que le deuxième homme en retrait lui assenait une magistrale claque dans le visage. Sa lèvre s’est mise à saigner. L’autre lui reposa la question mais elle ne pouvait que répondre la vérité et elle reçu une seconde gifle. Elle avait le visage en feu et Paulo restait impassible. Au troisième coup il leva le bras et les deux hommes sortirent de la pièce. Il s’avança vers elle :

          - Comprends que tu seras tranquille dès que tu nous auras tout dit…tu vis avec tes parents donc tu as forcément vu des personnes chez eux 

          - Je vous jure que non…. 

          Gladys s’arrête un moment de parler et Véronique voit les larmes sur ses joues.

          -Si cela te fait trop mal tu peux arrêter ton récit.

          - Non, je veux que tu saches la suite… 

          Le lendemain, ou plus tard, elle ne sait plus, elle fut ramenée dans cette pièce mais cette fois seul le barbu et l’autre homme était présent. Ils l’attachèrent les mains en l’air à une espèce de treuil au milieu de la pièce. Ils la dénudèrent en prenant soin de frôler ses seins. Ils riaient et décidèrent en jouant à pile ou face qui allait la violer le premier. Ils n’eurent pas le temps d’en profiter, Paulo l’officier fit entendre sa voix du fond de la pièce. Gladys ne l’avait pas aperçu dans l’ombre.

          - Allez-vous en ! Je m’en occupe personnellement…. 

          Gladys était rouge de honte ainsi exposée devant cet homme. Elle espèrait qu’il allait la détacher et la couvrir.

          Quand elle sentit les mains de cet homme passer sur son corps, elle eut un hoquet de dégoût. Cela ne le gênait pas, il continuait en s’insinuant dans les parties intimes de son anatomie.

          - Ce serait plus simple si tu parlais…je n’ai pas vraiment envie de te faire du mal, tu es belle, et il tenta de l’embrasser. Elle tourna violemment la tête.

 
- Vous pouvez faire tout ce que vous voulez de moi, je ne peux rien vous dire car il n’y a rien à dire !
 

          - Et elle lui cracha au visage.

          Il eut un rictus et son regard s’enflamma

          - Alors tant pis pour toi !  

          En colère il appela les hommes dans le couloir :

          - Soulevez-la et tenez lui les jambes !

          Il la viola de toutes les façons possibles et il la livra ensuite aux deux autres.

          Elle se retrouva pantelante de honte et de douleur couchée sur le sol d’une cellule. Elle voulait mourir. Les jours suivants elle refusa de s’alimenter jusqu’à en devenir très faible. Un médecin se présenta pour l’aider : Bernardo. Il revint souvent et réussit à la faire transporter dans l’hôpital où il officiait.

           Quelques semaines plus tard elle put retourner chez elle car sa mère avait été également libérée. Seul son père restait prisonnier à la « Carcel Publica. Elle ne le revit jamais.

          Gladys s’arrête une nouvelle fois de parler, l’évocation du passé provoque comme une grosse boule dans sa gorge. C’est la première fois qu’elle parle de ce triste épisode. Elle avale quelques gorgées d’eau puis continue.

          Tous les biens de la famille avaient été confisqués, volés. Elle s’est inscrite  dans une association d’aide aux prisonniers et aux familles des prisonniers politiques en relation avec une association française de Bordeaux. Elle eut souvent l’occasion de revoir Bernardo qui quelques années plus tard, devenu directeur de la Clinique de Santiago l’épousa en secret.

          Quand un jour Lorena Esteban apprit ce mariage elle se présenta chez Gladys en la traitant de prostituée qui avait profité de la faiblesse de son fils. Elle n’a jamais su comment Lorena avait appris l’épisode de Paulo mais elle le lui jeta à la figure en disant qu’elle n’était pas digne de porter le nom des Esteban. Gladys ne vint donc jamais aux fêtes de famille et c’est pourquoi elle n’avait pas eu l’occasion de voir Yolanda.

          Véronique est bouleversé par le récit et aussi par ce qu’elle sait de Bernardo. Comment Gladys va-t-elle réagir quand elle connaîtra toute la vérité ?

          - Véronique il faut encore que je te parle de quelque chose… 

          - Sur le passé ? 

          - Passé …oui  mais plus récent…  et elle lui raconte la suite.

          Bernardo était de plus en plus nerveux depuis des mois, il faisait des cauchemars, recevait sans arrêt des appels, même au milieu de la nuit. Il a avoué un soir qu’il se passait des choses anormales à la mission de Paine. Véronique retient son souffle. Gladys continue :

          Il se rendait tous les mois à Paine pour des visites de routine et il s’apercevait que certains enfants étaient très pâles. Il avait remarqué des traces de piqûres entre les doigts de pieds parce que les enfants se plaignaient d’avoir mal en marchant. Alors il en a emmené quelques uns dans sa clinique. C’était il y a plus de deux ans. Il n’a plus jamais reparlé de cela et quand Gladys lui posait des questions il répondait que tout était normal à présent.

           Elle l’a crû jusqu’à ce que les appels recommencent et qu’il s’absente une quinzaine de jours en Argentine. Soit disant pour un symposium de médecins mais elle avait essayé de le joindre à l’hôtel et seul Ricardo lui répondait. Bernardo la rappelait ensuite de son mobile.

          Et pour finir,  la soirée tragique. Véronique la prit dans ses bras et peu à peu elle se calma.

          Etrange attitude de Bernardo ! Ce n’est pas le moment de parler ! Gladys est trop bouleversée.

          Après avoir rempli les papiers administratifs, Véronique s’aperçoit que la journée est presque finie et qu’elle n’a pas vu le temps passer. Le récit de Gladys l’avait totalement absorbée.

          Yolanda est arrivée vers 20 heures. Elles ont soupé toutes les trois ensembles puis les jumelles ont pris la route. Le trajet ne fut pas très long car Gladys logeait dans une maison à Vitacura non loin de Providencia.

          Quand elles franchissent la porte de l’appartement elles ont la surprise de voir Yves assis dans le salon. Il explique qu’il est arrivé au moment où Eduardo emmenait sa mère chez Isabella Riveros. Cette dernière l’avait invitée à séjourner chez elle jusqu’à ce que Lorena trouve un appartement. Eduardo a dit à Yves de les attendre.

          Véronique est la première à parler

          - J’allais t’appeler pour savoir quand tu repartais.

          - Dois-je prendre deux billets d’avion ? 

          - Non, pas encore….j’ai encore des affaires à régler ici….

          - Je vois….tu n’abandonnes pas facilement…je viendrai te dire au revoir demain….je pense partir dans la soirée…..  Dit-il, tristement.

           Avant de la quitter pour son hôtel, il la serre très fort contre lui.

          -  Fais très attention à toi ma douce….bonne nuit.

 

 

 

 

 

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Mardi 15 janvier 2008

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  Parterre-potager-acidul--.jpg                                                         

Sur son blog, Thaddée pose  la question sur le choix de notre pseudo. C'est une excellente question. Est-ce le reflet de notre personnalité ? Ce que nous voudrions être ? Ou simplement un hasard ? Voici donc ma raison.

J’ai un ami chilien qui vit au Canada, avec qui je correspond depuis 2001 et que j’ai rencontré à Montréal en 2002 et 2003. Ce fut le premier correspondant par mail à qui j’ai donné mon numéro de téléphone ! Il est mon confident depuis cette date et nous correspondons toujours, par mail, par téléphone et par courrier poste. J’avais choisi Marina parce que je trouvais que cela m’allait bien car la dominante était : volonté, intuition et sensibilité. Pour le personnaliser j’ai rajouté chili en raison de mon ami. C’est donc depuis novembre 2001 :  « marinachili ». Pour précision, mon tout premier pseudo avec lequel j’ai connu cet ami était :  « romantica » en raison de mon âme d'éternelle romantique. C'est aussi simple que cela. Mais posez-vous la question, les réponses pourraient être très intéressantes...

 

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Lundi 14 janvier 2008

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CHAPITRE 38

Insomnie

          Véronique n’arrive pas à trouver le sommeil. Trop de questions, trop d’évènements, trop de révélations inattendues font une cavalcade impressionnante dans sa pauvre tête. Yolanda dort profondément sous l’effet du piscolo !

          Véronique se faufile dans le couloir en direction de la cuisine pour aller boire un verre d’eau, quand elle entend des bruits de voix venant du salon.

           Lorena parle à Eduardo

          - Tu ne peux pas la laisser me mettre à la porte, vous êtes mariés sous le régime de la communauté alors tu as le droit de donner ton avis… 

          - Maman nous en parlerons demain à tête reposée,  toute l’histoire d’Enriqueta et de Chiloé m’a épuisé. 

          - Ce ne sont que des indiennes, tu n’as pas à t’en occuper, tu étais jeune quand tu as connu Enriqueta, elle n’aurait jamais dû en parler.

          - Je vais régler cela demain ! Elle va me le payer ! Et très cher ! Bernardo l’avait prévenue que si un jour elle parlait elle s’en repentirait ! 

          - Pauvre Bernardo ! Comment allons-nous régler le problème de la mission à présent ? 

          - Quel problème ? De quoi parles-tu ? 

          Lorena se rend compte qu’elle a parlé trop vite.

          - Je vais te mettre au courant puisque Bernardo n’a pas eu le temps de le faire…nous avons perdu beaucoup d’argent ces dernières années alors Bernardo et Carlo ont trouvé un moyen de renflouer la caisse… 

          - Quel rapport avec la mission ? 

          - Des gens très riches venant de divers pays payaient très cher les transplantations d’organes à la clinique.

          - Mais ces opérations sont réglementées ! 

          - Carlo a eu l’idée de se servir des enfants de Paine.

          - Tu veux dire que des enfants étaient mutilés pour que d’autres vivent et tout ceci contre de l’argent !     

          - Ce ne sont que des indiens ! N’as-tu pas assez d’ennuis avec Enriqueta et Linda ! 

          - Mais c’est monstrueux ! Qui est encore impliqué là-dedans ? 

          - Raul, ton beau-frère…. 

          Véronique est sidérée ! Raul et Lorena sont complices du trafic !

          Lorena continue

          -  Et le détective en France ? Tu crois qu’il va se taire ? 

          - Que sais-tu à ce sujet ? 

          - Bernardo m’a expliqué comment il a ramené Yolanda et aussi qu’il y a eu un problème en France, le détective l’a appelé il y a quelques jours…. 

          - Mais quel problème ? Bernardo m’a seulement dit de me taire sur la façon dont il avait ramené ma femme, 

          - Apparemment cela s’est passé le jour même où il a ramené ta femme, une fille l’a vu et Carlo s’est occupée d’elle.

          - Comment ? Dis-moi comment !!!!!!! 

          - Ne cries pas ainsi, « tes » femmes vont se réveiller… 

          - Où est la fille ? 

          - Morte….elle s’est fait renverser par une voiture…. 

          - Bizarre la coïncidence ! 

          - Carlo t’expliquera tout cela…Il n’a pas pu faire autrement. 

          - Je ne veux pas être complice de vos sales affaires ! 

          - Tu étais bien content que ton frère ait ramené ta femme ! 

          - Mais un meurtre ! Est-ce que tu te rends compte ? Je n’en reviens pas ! Que vais-je encore apprendre ? 

          - Peut-être que Véronique avait pris la place de Yolanda quelques jours…. 

          - Je commence à le croire, elle était différente et je n’arrivais pas à savoir en quoi….  

           - En tous les cas elle a bien joué son rôle ! Et cette folle de Yolanda qui agit comme elle à présent ! Il faut te débarrasser d’elle et après tout ira mieux et ce sera comme avant.

          - Maman tu vas cesser de t’occuper de ma vie…Ta présence a tout fichu en l’air dans mon couple, à cause de toi Yolanda passait le plus clair de son temps au cabinet.

          - Je ne suis quand même pas responsable de tes coucheries.

          - En partie si…ta présence empêchait toute intimité et elle ne voulait plus dormir avec moi.

          Véronique renonce à boire un verre d’eau pour ne pas faire de bruit ni donner l’éveil.

          Elle se recouche et se dit que demain elle avisera.

 

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Lundi 14 janvier 2008

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          Oui ma petite-fille a huit ans depuis le 3 janvier mais nous n'avons fêté son anniversaire qu'aujourd'hui afin que cela soit bien distinct de Noël. Elle est entourée à gauche de son cousin Nicolas et à droite de son frère Mike. Axel est arrivé en retard avec son papa mais le petit cousin était présent au moment du énième tirage des Rois!

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Dimanche 13 janvier 2008

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Dimanche 13 janvier 2008

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CHAPITRE 37

Scandale familial

          A la fin des obsèques toute la famille se réunit chez Eduardo. Lorena veut jouer à la maîtresse de maison et Yolanda n’a pas envie d’entamer une discussion sans fin alors elle la laisse faire. Elle préfère rester avec Gladys et Véronique. Le requiem pour Bernardo lui a paru très exagéré.

          Gladys demande à Yolanda si elle va rester chez elle ou demander le divorce. 

          - Je ne sais pas encore mais je ne supporte plus qu’Eduardo s’approche de moi…j’ai des raisons personnelles… 

          - Crois-tu qu’il a une maîtresse ? 

          Les questions de Gladys sont étranges ou alors…

          - Bernardo t’a-t-il fait des confidences ? 

          - Il m’a dit une chose que j’ai du mal à croire…. 

          - Veux-tu parler de Chiloé ? 

           - Tu sais ? 

          - Oui, c’est Enriqueta qui m’en a parlé il y a longtemps…c’est pour cela que j’ai demandé à mes parents de l’engager… 

          - Eduardo sait-il que tu es au courant ? 

          - Non…mais il ne va pas tarder à l’apprendre.

          Véronique en entendant la conversation se dit que c’est certainement pour cette raison que sa sœur s’est rapprochée de Jaime. Ce dernier a aussi entendu les paroles de Gladys. Il regarde tristement Yolanda en se disant que c’était cela la raison de l’abîme qui se creusait entre sa collègue et son mari et le motif de son désarroi lorsqu’elle est arrivée un jour en pleurant au cabinet.

           Elle subit cela depuis cinq ans !  Il la fixe avec compassion.

          Véronique surprend le regard de Jaime et son cœur se serre.

          - Comme il doit l’aimer pour la regarder ainsi ! 

          Quelque chose intrigue Véronique. Si sa sœur a appris que Chiloé est la maîtresse de son mari pourquoi l’a-t-elle fait embaucher par Catarina ? Et comment Enriqueta pouvait-elle le savoir ? Elle pose la question à Yolanda qui éclate de rire. Son rire est un peu excessif en raison du piscolo qu’elle a bu. Lorena en l’entendant se met à vociférer.

          - Comment osez-vous rire en un pareil moment ! 

          - Oh vous fichez-moi la paix ! 

          Eduardo est très en colère :

          - Yolanda ! Un peu de respect, c’est ma mère ! 

          - Du respect ! En as-tu eu pour moi ? 

          - Calme-toi…. 

          - Je crois que je suis calme depuis trop longtemps ! 

          Eduardo prend violemment sa femme par le bras alors Véronique le pousse en arrière :

          - Ne la touche pas ! 

          Yolanda continue  en s’adressant à l’assistance :

          - Tout le monde critique mon voyage en France mais personne ne s’est demandé pourquoi je suis partie si vite ! 

          Ricardo tente de la faire taire avant qu’elle n’aille trop loin mais rien ne peut plus l’arrêter !

          - Eduardo ! Pourquoi ne dis-tu pas à l’assemblée qui est Chiloé ? 

          Lorena devient aussi blême que son fils.

          - Mais oui chère belle-mère vous avez une petite-fille indienne ! Chiloé est la fille de votre fils et d’Enriqueta ! 

          Catarina regarde son mari qui n’a pas l’air surpris.

          - Tu  savais ! 

          Eduardo riposte :

          - Tu es devenue complètement folle ! Comment peux-tu inventer une telle histoire en un pareil moment ? 

          Gladys s’avance :

          - Cesse de mentir…Bernardo me l’avait confié… 

          Lorena crie comme une forcenée

          - C’est un complot pour nous nuire ! Comment peux-tu participer à cela Gladys !  Personne ne va croire une idiotie pareille ! 

          Véronique s’avance : à son tour :

          - Moi je le crois….Yolanda demande donc à ton mari qui est Linda ?

        Eduardo se précipite vers elle menaçant ! Jaime s’interpose.

          - Vous feriez mieux de reculer ! 

          -  Je ne connais pas de Linda ! 

          Il se sent perdu car il voit bien que tout va éclater !

          Yolanda demande à Véronique de parler.

          - Linda est la maîtresse  de ton mari et elle est enceinte. Eduardo voulait la cacher à la mission, j’en parle parce qu’elle a très peur de lui et j’ai dû la mettre en sécurité.

          Ricardo trouve que la discussion a assez durée.

          - Arrêtez tous… Yolanda a un peu trop forcé sur le piscolo, ce qui n’ôte rien à la véracité des faits mais elle en parlera plus calmement demain et prendra la décision qui conviendra le mieux à la situation. Ce soir  les esprits sont échauffés et cela ne peut que mal finir.

          Eduardo hurle :

 
- Que tout le monde s’en aille ! Je ne veux plus voir personne ! 
 

          Véronique dit :

          - Moi je reste avec ma sœur… 

          - Toi tu t’en vas comme les autres… 

          Yolanda confirme :

          - Véronique reste ici !…elle dormira avec moi ! Tu n’as plus rien à dire ! 

          Jaime et Yves ne sont guère rassurés :

          - Vous êtes sûres de vouloir rester ici ? 

          Véronique répond :

          - Ne vous en faîtes pas, nous nous verrons demain, Yolanda a surtout besoin de dormir à présent…je suis là, il ne lui arrivera rien.

          Lorena tente de parler mais Yolanda l’interrompt immédiatement :

          - Allez dans votre chambre ! Et demain vous quittez cette maison ! Je ne veux plus vous voir !  Et se tournant vers Eduardo :

          -  Inutile d’essayer de me faire changer d’avis ! Ce sont mes parents qui ont payé cet appartement alors je suis chez moi et je veux que ta mère disparaisse de ma vue et de ma vie ! 

          Deux grands claquements de portes s’en suivent, tout le monde s’en va puis tout redevient calme.

 

 

 

ajouter un commentaire commentaires (0)    par marinachili publié dans : LES TROIS DAMES roman policier
Dimanche 13 janvier 2008

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Au secours ! Crient les cigarettes !

Laissez nous vivre encore un peu !

Donnez-nous un endroit, un  lieu

Où nous pourrions  sans galipette

Faire encore quelques heureux !

 

Ah non hurlent les opposants !

Vous polluez notre planète

Déjà si perturbé par l’encens

De la guerre et les arrogants !

A bas les fumeurs de cigarettes !

 

Qui a tort, qui a raison ?

La cigarette ou l’opposant ?

Pauvre monde qui ne sait

Que l’essentiel est de respecter

Des uns et des autres, la liberté.