CHAPITRE 27
Les retrouvailles
Jaime arrive au bureau plus tôt que prévu. Il a mal dormi sachant Véronique chez
Eduardo.
Yves se présente au bureau les yeux hagards, il n’a guère mieux dormi. Ce que
lui a appris l’agent Wanclift ne le rassure pas.
La secrétaire le reçoit aimablement et lui apprend que seul Docteur Larrain est
là. Alors il frappe à la porte de Jaime.
- J’ai des choses à vous apprendre et vraiment je ne sais par quel bout
commencer tellement c’est incroyable !
Véronique ne le laisse pas finir, elle s’engouffre dans le bureau comme une
tornade :
- Je pense que les nouvelles que tu as apprises concordent avec les
miennes.
Puis se tournant vers Jaime :
- Yolanda est ma sœur jumelle…
- Yolanda ta sœur, comment est-ce possible ?
- Tout est de la faute de ma grand-mère ! Je suis tellement déçue ! Je
l’aimais tant !
Quand elle a fini son récit Jaime est abasourdi. A peine revenu de sa surprise
le téléphone résonne
- Allo Jaime ?
Il en lâche le téléphone et dit à Véronique :
- C’est la voix de Yolanda !
Il reprend le combiné :
- Yolanda mais où es-tu ?
- A Paine….
- Que fais-tu là-bas et quand es-tu revenue ?
- Je t’expliquerai…je t’en supplie viens me chercher…j’étais
prisonnière….
- Nous arrivons !
- Qui nous ?
- Tu verras….Rends toi à l’endroit habituel, peux-tu le
faire ?
Véronique se souvient du billet doux et son cœur se serre.
- Voilà, Yolanda est de retour et plus rien ne sera pareil.
A quoi d’autre pouvais-je m’attendre ? C’était idiot d’espérer.
- Je vais essayer de m’y rendre sans me faire repérer, fais attention en
arrivant….
- Nous allons faire vite….
Puis se tournant vers Yves et Véronique :
- Yolanda était prisonnière à Paine, je ne sais pas depuis combien de temps mais
sa voix est très faible. Elle a pu téléphoner grâce à Enriqueta. Il faut y aller très vite car elle est en danger.
Véronique se dit que retrouver sa sœur est une chance alors elle met sa jalousie
de côté et tous quittent le bureau en prévenant la secrétaire d’annuler et de reporter les rendez-vous de la journée.
Avant l’arrivée de Raul chez Enriqueta.
Elle aide Yolanda à s’habiller car elle est encore faible, ouvre doucement la
porte et fait le guet jusqu’à ce que la jeune femme ait disparue dans les bois au loin. Puis elle retourne tout aussi prudemment dans sa chambre et referme la porte.
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Yolanda n’eut guère plus d’une demi-heure à attendre parce que Jaime a roulé
très vite. Il sort de la voiture précipitamment ce qui fait dire à Yves :
- On dirait un preux chevalier allant au secours de sa
belle !
Véronique répond impulsivement :
- Arrête de dire des bêtises en un pareil moment !
- Serais-tu jalouse ?
- Ne sois pas stupide par-dessus le marché !
Bien sûr qu’elle est jalouse ! Jaime a retrouvé sa collègue et
la façon dont il stressait dans la voiture est très significative !
Jaime trouve Yolanda recroquevillée sous un arbre à l’abri des regards
indiscrets. Elle pleure à chaudes larmes quand il la soulève.
- C’est fini mon petit, tu es en sûreté à présent, plus personne ne te fera de
mal je te le garantis…
Elle se laisse aller contre son épaule et se calme peu à peu. Il lève la tête et
son regard rencontre celui de Véronique. Il voit un tel désespoir dans ses yeux qu’il comprend la méprise de la jeune femme. Mais ce n’est pas le moment de s’attarder dans les parages, il faut
partir au plus vite.
Les deux sœurs se retrouvent dans les bras l’une de l’autre à l’arrière du
véhicule. Elles tremblent d’émotion. Yolanda est très pâle, elle a maigri et des cernes entourent ses yeux. Elle parle très lentement et explique ce qui lui ai arrivé à Paine et le rôle de son
frère et de Francesca. Elle prend la main de Véronique :
- Je suis si contente que tu sois vivante ! Il faudra tout me
raconter.
- C’est promis mais sauvons-nous vite d’ici, j’ai horreur de cet endroit depuis
que je sais ce qui s’y passe.
Jaime freine brutalement en s’adressant à Véronique :
- Alors Bernardo a toujours su que tu n’étais pas sa
belle-sœur ! Et Eduardo ? Tu as vraiment pris de gros risques en allant chez Eduardo, Véronique !
- Je n’étais pas chez lui cette nuit mais chez ma…notre mère et
Ricardo.
Yolanda continue :
- Je suppose qu’il s’agit de Bernardo, je n’en suis absolument pas sûre, Raul
n’a pas donné de nom…
Puis tous gardèrent le silence pendant le reste du
trajet. Yves n’a pas aimé du tout la réaction de son amie tout à l’heure. Elle est jalouse et ce n’est pas bon signe. Le retour de Yolanda va peut-être remettre de l’ordre et il va pouvoir
repartir avec Véronique. Il faut qu’il s’en occupe le plus vite possible.
Jaime pense à Véronique et à ce qu’elle a dû déduire en entendant les paroles
dites à sa collègue et surtout à ce qu’elle va encore imaginer quand ils vont tous arriver chez lui. Il doit absolument trouver un moment pour lui parler en particulier. Il ne veut pas la perdre.
Elle est tellement impulsive et elle risque de partir pour la France avec Yves !
Véronique a le cœur gros. Son amour pour Jaime est bien
compromis à présent. Les forts pincements au cœur lui prouvent à quel point elle tient à lui. Elle retient difficilement ses larmes. Elle savait pourtant que ce moment
arriverait ! Qu’espérait-elle ? Et maintenant sa rivale est sa sœur !
Quand ils arrivent tous à Los Dominicos, Monica rit et pleure en même temps en
retrouvant Yolanda.
- Ma pauvre amie, dans quel état ils t’ont mise ! Allons vite à
l’association, je les ai prévenus dès que mon frère a téléphoné, ici c’est trop aléatoire, Raul va certainement surgir comme un fou d’un moment à l’autre.
Yolanda hésite :
- Il ne peut pas savoir que Jaime est venu me chercher.
- Sauf s’il fait pression sur Enriqueta…Il semble capable de
tout !
- Tu as raison…Jusqu’à ce que nous ayons tiré au clair l’histoire de la clinique
il vaut mieux être prudents.
Véronique pense justement à cela.
- Voilà pourquoi il n’est pas entré avec nous dans la
clinique !
Jaime continue :
- Il était au téléphone avec Catarina ! Quel est son rôle dans tout
cela ?
Yolanda les regarde tous les deux :
- Ils ont l’air bien complices ! Comment sa jumelle a-t-elle
réussi à convaincre Jaime de se mêler à cette affaire ? Le regard qu’il lui lance de temps en temps est très expressif ! Non, c’est mon imagination. Il doit
simplement être frappé par la ressemblance. Véronique n’est là que depuis peu…
- Je vois que vous avez avancé dans les investigations…Véronique il faudra
m’expliquer pourquoi tu as décidé de t’investir dans cette affaire dangereuse…
- Plus tard, quand tu seras à l’abri…
Jaime la regarde attendri, Véronique l’étonnera toujours. Il est sûr que c’est
le tumulte complet dans son esprit. Elle a perdu son sourire, et sa tristesse prouve bien qu’elle l’aime. Il n’abandonnera pas. Cette femme a fait naître en lui des émotions qu’il gardait au fond
de lui. Il n’a jamais voulu dire « je t’aime » à une fille pour ne pas se sentir piégé et pourtant les aventures étaient nombreuses. Il n’a jamais ressenti
le besoin de le dire mais là, pour elle, il voudrait le crier au monde entier ! Il tient beaucoup à Yolanda et ce qu’il avait pris pour un sentiment naissant n’était qu’une profonde amitié.
Véronique…c’est différent.
Yves s’est aperçu du trouble qui s’est installé entre Jaime et son
amie.
Je dois lui expliquer ce que je ressens, lui dire que je l’aime,
que la vie de ce métèque est au Chili et la sienne en France.
Il en a complètement oublié Grâce et le bébé. Il sursaute quand son mobile
sonne. Avant qu’il ne ferme l’appareil, Véronique l’arrête :
- C’est sûrement Grâce….prends la communication, elle doit
s’inquiéter.
Cet appel visiblement agace Yves.
- Je la rappellerai plus tard, nous n’avons pas le temps
maintenant…
Jaime profite de l’occasion :
- C’est votre femme et l’inquiétude n’est bonne ni pour elle ni pour le bébé,
nous pouvons attendre quelques minutes.
- J’ai déjà raccroché…
Ce gars se mêle vraiment de ce qui ne le regarde pas ! Tout
lui est bon pour me faire mal voir par Véro !
Véronique est mécontente, elle ne comprend pas l’attitude de son
ami.
- Vraiment tu exagères ! Rappelles-la maintenant, je me fais du souci pour
elle.
Yves s’exécute de mauvaise grâce à la grande satisfaction de Jaime. Ce dernier
sait qu’il vient de marquer un point en voyant la colère de Véronique devant l’attitude trop désinvolte de son ami. Il a un peu honte de se réjouir de la déconfiture d’Yves mais c’est de bonne
guerre, il se bat pour son amour. Il doit gagner du temps et du terrain par tous les moyens. C’est incroyable comme il aime cette femme ! Elle est dans son esprit, dans son âme, dans son
corps ! Il pense à elle tout le temps !